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La transformation de la perception des origines et des solutions à la crise économique au Mouvement Desjardins (1970-1990)

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Yves-Charles De Kerstrat : Université du Québec à Montréal

Résumé du colloque

L'analyse du discours des dirigeants du Mouvement Desjardins révèle que la perception de la crise se transforme entre la décennie 1970 et la décennie 1980 pour passer d'une caractéristique du capitalisme au résultat d'un manque de cohésion entre les acteurs économiques. Au cours des années 1970, ils ne perçoivent pas la crise économique comme un dérèglement temporaire du système mais comme la conséquence du développement capitaliste reposant sur l'instabilité et l'insensibilité aux besoins humains. Le capitalisme est indissociable de l'exploitation des travailleurs et de leur appauvrissement; en ce sens, les crises ne sont qu'une accélération de ce processus. La crise est aussi morale. Les dirigeants du Mouvement établissent un lien direct entre la dégradation des valeurs défendues par les caisses populaires, telles l'épargne, la prévoyance ou la modération, au profit de la satisfaction par la consommation, l'impulsivité, etc. Le système économique repose sur cette consommation excessive qui se trouve justifiée par les «masses média», qui ont mis la société de consommation de masse en contact avec la société de production de masse, et encouragée par des mécanismes de crédit trop complaisants. Comme cette société de consommation s'est muée en une société d'inflation générale, les caisses populaires proposent, entre autres, la limitation de l'accès au crédit à la consommation. La perception de la dimension morale de la crise s'estompe à partir de 1980. La crise ne découle plus de la surconsommation de biens inutiles mais du manque de planification et de la mauvaise utilisation des ressources. Les solutions ne passent plus par les pratiques individuelles mais par l'action collective, d'où le développement du concept de concertation entre les acteurs économiques. Une large participation aux décisions doit assurer, sinon la justesse, du moins une forte implication du milieu. Après avoir supporté l'interventionnisme de l'État durant les années 1970 parce qu'il «civilisait» le fonctionnement de l'économie sans toutefois y voir la véritable solution aux problèmes sociaux du Québec, les responsables du Mouvement Desjardins estiment que l'État serait maintenant plus efficace en organisant des synergies qu'en drainant des fonds. Ces deux perceptions de la crise méritent d'être approfondies car elles renvoient à deux systèmes de cohérence de valeurs révélateurs de la compréhension de la société.

Contexte

host icon Hôte : Université McGill

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