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Langage du risque et art du gouvernement : au cœur de la rationalité politique contemporaine

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Jean François Bissonnette

Résumé du colloque

Parmi les différents courants d’analyse s’intéressant au risque, la perspective qui considère cette notion en tant que référentiel du fonctionnement gouvernemental semble porteuse d’une rénovation de notre entendement politique. F. Ewald a déjà montré que le risque assurantiel fut le cadre épistémologique à l’origine de l’État providence. D’aucuns remettent aujourd’hui en cause la pérennité de ce modèle de gouvernement, mais force est d’admettre que l’État contemporain n’a pas renoncé à son interventionnisme social et économique. Il apparaît par contre que la façon de penser l’intervention étatique tend à changer radicalement, tandis que les discours contemporains accordent toujours plus de visibilité à la dangerosité de ce monde. On remarquera, sous l’effet conjugué des transformations sociales, culturelles et économiques actuelles, que s’instaure une nouvelle problématique de la sécurité, qui inspire autant l’identification et la prévention des risques techno-scientifiques que la fabrication et la gestion des risques sociaux. Sur ce dernier point, la mise en cause des manières de faire typiques de l’État providence, sous les coups d’une critique parfois qualifiée de néo-libérale, comporte une recherche sous-jacente de nouvelles modalités d’exercice du pouvoir d’État et de fonctionnement de ses institutions. Cette réflexivité gouvernementale réinterprète les finalités de la vie sociale, tout en faisant germer de nouvelles normativités qui doivent de plus en plus à l’abstraction technique. Le langage analytique du risque, qui s’implante au cœur de la rationalité politique contemporaine, tend à fusionner en une grille de lecture unique la pluralité des « problèmes sociaux », et l’on voit se recouvrir risques économiques (exclusion) et ampleur des inquiétudes liées à la déviance et à la violence. Cette rationalité sécuritaire dessine une nouvelle architecture du contrôle social, la prise en charge des cas « à risques » se traduisant notamment par l’individualisation des cibles des politiques publiques, par la gestion prospective et responsabilisante des trajectoires individuelles, et par l’instauration, au moyen d’un pouvoir de contrôle hautement technicisé, d’un lien social fondé dans la célébration angoissée de l’hédonisme consumériste.

Contexte

host icon Hôte : Université du Québec à Chicoutimi

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