pen icon Colloque
quote

L'antiphonaire d'Hubert Aquin : une réappropriation du concept de l'Éternel retour de Nietzsche

SG

Membre a labase

Stéphan Gibeault

Résumé du colloque

De nos jours, le roman sur deux époques préconise une structure circulaire. De ce fait, la mise en relief entre le passé, le présent et le futur devient beaucoup plus riche et, de surcroît, primordiale. Ainsi, le roman diaséculaire contemporain se réapproprie l'une des conceptions temporelles les plus importantes de la philosophie; celle du retour cyclique du temps. C'est d'ailleurs cette conception que Nietzsche remettra en vigueur à la toute fin du XIXe siècle à l'aide de sa pensée de l'Éternel retour - soit environ une dizaine d'années avant l'essor du roman diaséculaire. Étant donné la forte popularité de Nietzsche et le pessimisme navrant d'une vision linéaire du temps et de l'histoire ("naissance-vie-mort"), on comprend aisément que le retour à une théorie cyclique ait influencé nombre d'écrivains d'autant plus que cette conception offre une ouverture d'esprit indissociable de la créativité (Wesseling) et, de ce fait, d'une certaine évolution romanesque. Or, de quelle façon la littérature peut-elle évoluer si ce n'est en remettant en question des valeurs établies, en les confrontant à des valeurs différentes souvent issues d'une autre époque? Analysant cette problématique, nous établirons hors de tout doute que c'est effectivement en ce sens que fonctionne le récit de L'antiphonaire d'Hubert Aquin. D'un côté, ce dernier détourne en quelque sorte l'histoire de sa globalité pour montrer son incidence sur des existences individuelles, et de l'autre, il la dégage de sa temporalité pour la situer dans une réflexion sur la condition humaine. Écrasé par le poids incommensurable de la redite ou de la banalité propre à "l'Éternel retour du Même" (Deleuze), Aquin semble avoir construit l'univers de L'antiphonaire à partir de thématiques inhérentes au concept nietzschéen telles que le double, la circularité, la mort, la fuite, la mémoire, l'oubli, etc. Principalement fondé sur un enchaînement causal de trois éléments (l'épilepsie, le viol et la mort), le roman est également conçu comme un chant alternatif à deux temps (Beausang), celui de deux époques (le XVIe et le XXe siècles). Conséquemment, la scission entre les deux époques agit tout autant comme une fuite du temps présent que comme un élément unificateur des temps. Par un effet de miroir, on se rend compte que tout revient, tout se retourne, tout devient réversible. De cette multiplicité des entrelacs, on constate une certaine remise en question du temps : le présent (1969) renvoie au passé (1536) et le passé annonce le futur. Ainsi, Aquin intègre au roman la coexistence de plusieurs temps où tous convergent vers une forme d'unité. Finalement, pour lui, une composition fragmentaire à l'abri de toute intrigue linéaire s'impose. De cette façon, au-delà des thématiques et des condensations de personnages, la structure narrative de L'antiphonaire semble indubitablement nous prouver qu'Aquin se réapproprie la pensée nietzschéenne de l'Éternel retour tout en y échappant.

Contexte

host icon Hôte : Université d’Ottawa

Découvrez d'autres communications scientifiques

Autres communications du même congressiste :