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Le concept de récit de survivance en sociologie de la communication : vers une anthropologie du marquage social

RG

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Richard Godin

Résumé du colloque

Cette communication a pour objectif d’examiner le concept de récit de survivance, un concept en devenir dans les champs de la sociologie de la communication et de l’anthropologie des médias. L’examen de ce concept, issu du courant de l’évolutionnisme linéaire (Tylor), doit servir son opérationnalisation dans l’analyse de documents journalistiques télévisuels visant l’histoire du temps présent. Ainsi, certains reportages journalistiques en télévision pourraient être classés dans cette catégorie. Mais que faut-il entendre par récit de survivance ? Serait-ce un genre qui relate l’histoire de vie de personnes ayant survécu à un drame ? Ou plus subtilement, serait-ce un genre qui incorpore des éléments manifestes et latents témoignant d’une résistance à une culture dominante ou à des événements allant à l’encontre des normes et des valeurs ? Est-ce que les médias d’information, en l’occurrence la télévision, travaillent de manière consciente avec les enjeux interculturels ? Ou laissent-ils l’information spectacle édicter la voie à suivre, en imposant le modèle hégémonique des représentations conflictuelles ? Cet exercice de conceptualisation devrait contribuer à une nouvelle proposition théorique destinée à mieux comprendre les représentations médiatiques de la réalité sociale, et ce, à l’aide d’une grille d’analyse reposant sur le concept de récit de survivance. Or, qu’est ce que le récit, sinon l’évocation à un lecteur ou à un auditoire d’une relation de faits entre acteurs donnés (Barthes, Genette, Greimas), dans le temps et l’espace (Saouter, Godin). En découlent deux catégories formelles d’analyse : 1- le temps, qui renvoie à des critères analytiques : durée réelle, durée psychologique, plan, séquence, scène, références historiques, références sociales, etc.; 2- l’espace, qui fixe le cadre du donné à voir, avec ses registres plastiques, iconiques, référentiels et symboliques, etc. Amalgamé au récit, le concept de survivance plonge ses racines dans les origines de l’anthropologie et se prolonge dans le structuralisme. De manière relativement partagée (Linton, Lowie, Sapir, Lévi-Strauss), le concept de survivance se définirait comme un « élément de culture » d'un temps révolu qui résiste au temps présent, comme témoin d'une autre époque, d'une culture minoritaire face à une culture dominante, ou encore de ce qui va à l’encontre de la norme. En regard de l’information télévisuelle, l’hypothèse avancée ici est la suivante : le journalisme en télévision intégrerait la survivance dans ses façons de faire (reportage, interviews, documentaires, etc.), surtout lorsqu’il est question de différences culturelles (ethniques, religieuses, sociales, etc.). Cela aurait pour effet d’exacerber les différends sur la base de stigmates relevés (Goffman). Trois catégories de stigmates peuvent être utilisées, soit les stigmates : 1- physiques : différences sexuelles, âges, handicaps, signes distinctifs corporels, difformités, etc.; 2- caractériels ou psychologiques : signes de maladie mentale, orientation sexuelle, signes de déviance, etc.; 3- tribaux : race, langue, nationalité, religion, etc. À titre d’exemple de pur récit de survivance tiré de la littérature réaliste, et qui trouverait son équivalence dans le reportage en télévision, il faut citer l’ouvrage de Primo Levi, Si c’est un homme (1947), dans lequel il relate son passage à Auschwitz, entre 1943 et 1945, et auquel il survécut. Dans ce récit de survivance, et non de survie, Primo Levi insiste davantage sur la description d’un univers concentrationnaire niant l’existence de l’homme que sur les horreurs vécues. Or, cet univers concentrationnaire trouve toute sa validité dans les trois catégories susmentionnées, rencontrant par le fait même la thèse défendue par Hannah Arendt de la négation de l’être humain, dans sa théorie sur le totalitarisme. De la même manière, l’information en télévision offre son lot de cas patents. Par exemple, celui du génocide au Rwanda, en 1994, tout comme la couverture journalistique actuelle (2004) à Arusha, en Tanzanie, du procès de quatre militaires accusés de crimes contre l’humanité et jugés par le Tribunal pénal international pour le Rwanda, une instance de l’ONU. Autre exemple, la couverture journalistique des événements entourant les attentats survenus à New York et Washington, aux États-Unis, le 11 septembre 2001. La presse écrite (Kègle et Clough) de même que la télévision (Godin) utilisèrent dans leurs récits la « survivance » pour souligner le choc de civilisations et ainsi marquer les oppositions en jeu. La télévision insistera alors dans la présentation de signes ostensibles marquant la différence.

Contexte

host icon Hôte : Université du Québec à Montréal

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