Résumé du colloque
Dans la nature, nous pouvons observer deux forces, sans cesse agissantes et de sens contraire, dont l’une, une force de destruction, a pour contrepartie une force constructive. Chez les êtres vivants, ce phénomène porte le nom de métabolisme.
Transposé sur le plan géologique, le phénomène, d’âge ancien ou contemporain, se manifeste ainsi: le vent, la glace et l’eau exercent sur le sol un travail d’érosion, alors que s’édifient les dunes, les moraines, les terrasses, les plaines d’alluvion, etc. Les forces biologiques entrent ensuite en scène et, comme dans la vision d’Ézéchiel où les ossements desséchés se recouvrent de muscles, de chair et de peau, les micro-organismes viennent peupler le sol et la végétation essaie de le recouvrir d’un verdoyant tapis.
Avant de décrire ce dernier processus, il importe de distinguer, au point de départ: a) le substrat sec: flanc de montagne, moraine, terrasse sèche; b) le substrat humide: réservoirs de toutes dimensions, depuis la cuvette jusqu’aux lacs, rivages, plaines marécageuses, etc.
Dans le cas du substrat humide, nous assistons à une lutte entre l’eau et la plante. De l’apport d’eau, quantité et continuité, dépend l’issue de cette lutte. Parfois le cours d’eau continue de ronger ses berges et emporte la végétation qui tentait de s’y implanter. Parfois un certain équilibre semble s’établir. Ainsi, le long de la côte pacifique de l’Alaska, une plaine marécageuse semble se maintenir parce que l’eau suinte continuellement au bas de la falaise. Enfin on peut voir bien des cas où la végétation va vaincre son concurrent. Le cas typique d’une cuvette qui n’est alimentée que par les eaux de pluie et de fonte de la neige, avec en bordure une ceinture marécageuse suivie d’une région à bruyères, va nous servir à illustrer les étapes de cette lutte:
a) Plantes aquatiques: stade pionnier. Potamogeton spp., Sparganium spp., Utricularia spp., Nuphar polysephalum, Nymphea tetragona, Menyanthes trifoliata, Hippuris vulgaris, Equisetum fluviatile, Glyceria borealis, Colpodium fulvum, Caltha natans, Caltha palustris var. asarifolia ou var. arctica, Ranunculus Pallassii, R. Hyperboreus, R. Gmelini var. terrestris, Potentilla palustris, Carex rostrata. Quelques mousses (Drepanocladus sp. et Calliergon sp.) dans la zone marginale.
b) Plantes palustres : stade secondaire. Caricetum, surtout : Carex physocarpa, C. aquatilis, C. rotundata, C. rariflora, C. membranacea, C. bicolor, C. chordorrhiza, C. limosa. Potentilla palustris (surtout au nord), Scirpus cespitosus var. callosus, Saxifraga Hirculus, Pedicularis sudetica, Eriophorum angustifolium, Juncus castaneus, Senecio palustris. Arbustes Myrica Gale var. tomentosa, Chamedaphne calyculata, Betula nana ssp. exilis, Salix fuscescens. Mousses: Drepanocladus spp. et Calliergon spp., surtout Aulacomnium palustre, Camptothecium nitens, Sphagnum (quelques espèces seulement).
c) La bruyère : stade final (climax)
La bruyère de ce type est une bruyère à Sphagnum. Ces mousses forment un tapis spongieux plus ou moins épais. Le Pleurozium Schreberi s’y rencontre aussi généralement. Les autres plantes sont : Ledum groenlandicum (au sud), L. palustre var. decumbens, Vaccinium uliginosum, V. Vitis-Idaea var. minus, Empetrum nigrum, Rubus Chamaemorus, Pedicularis labradorica.
Le cas précédent, où se rencontrent les trois stades, est assez fréquent. Nous l’avons observé à Anchorage, à Naknek (péninsule de l’Alaska) et à Umiat (vallée de la rivière Colville). En voyageant dans la toundra, on rencontre aussi bien des endroits où le premier stade est dépassé: il ne reste que le marécage à Cypéracées et la bruyère à Sphaignes. Par contre, à certains endroits, à Nome en particulier, la plus grande superficie du terrain est couverte par un stade intermédiaire entre le marais à Cypéracées et la bruyère. Le sol y est couvert de buttes (negro heads) portant la végétation de la bruyère, alors que les plantes palustres se logent dans les dépressions qui entourent ces buttes.
Une question se pose ici. Ces divers stades sont-ils réellement successifs? Ne seraient-ils pas plutôt juxtaposés, de sorte que chacun serait un climax? Si la dernière hypothèse est la seule qui corresponde à la réalité, la question du dynamisme doit être écartée. Voyons les faits. Le premier nous est fourni par George Rigg (1937) dans une étude qu’il fit d’une tourbière à Juneau, en Alaska. Il a trouvé trois couches de tourbe superposées dans l’ordre suivant: couche inférieure, tourbe de Cypéracées; couche intermédiaire, tourbe de bois; couche supérieure, tourbe de Sphaignes. Dans une tourbière que nous avons étudiée à Anchorage, nous pouvions voir croissant péniblement à travers les buttes de Sphaignes recouvertes d’Éricacées, le Menyanthes trifoliata, et le Carex aquatilis que l’on rencontre généralement dans un autre habitat.
Une question se pose ici. Ces divers stades sont-ils réellement successifs? Ne seraient-ils pas plutôt juxtaposés, de sorte que chacun serait un climax? Si la dernière hypothèse est la seule qui corresponde à la réalité, la question du dynamisme doit être écartée. Voyons les faits. Le premier nous est fourni par George Rigg (1937) dans une étude qu’il fit d’une tourbière à Juneau, en Alaska. Il a trouvé trois couches de tourbe superposées dans l’ordre suivant: couche inférieure, tourbe de Cypéracées; couche intermédiaire, tourbe de bois; couche supérieure, tourbe de Sphaignes. Dans une tourbière que nous avons étudiée à Anchorage, nous pouvions voir croissant péniblement à travers les buttes de Sphaignes recouvertes d’Éricacées, le Menyanthes trifoliata, et le Carex aquatilis que l’on rencontre généralement dans un autre habitat.
Cette étude a une portée pratique :
a) Dans la partie nord de l’Alaska, le sol est gelé durant toute l’année, à partir d’une certaine profondeur, variable suivant la latitude. Dans la partie sud, la bruyère à Sphaignes nous permet de localiser le gel permanent (permafrost), car il ne s’y rencontre pas ailleurs.
b) En étudiant la végétation d’une localité, on peut juger de l’âge relatif de cette végétation. A Nome, dans la région du détroit de Behring, où nous rencontrons sur la plaine côtière une bruyère en voie de formation, nous sommes incliné à croire que le soulèvement de la côte doit être assez récent. Dans la vallée de la rivière Colville, comme dans celle du fleuve Yukon, il y a un grand nombre de lacs en forme de croissant. Les Anglais les désignent sous le nom de « Ox-bow lake ». Ce sont des délaissés ou anciens méandres de rivière. On peut juger de leur âge relatif en comparant le degré de colmatage de chacun par la végétation. Certains sont si récents que la végétation ne fait que commencer à les envahir. De certains autres, il ne reste qu’un marais à Cyperacées que la bruyère est en train de conquérir.
c) Enfin, dans une même région, on peut juger de la nature du substrat. La bruyère recouvre un sol plus élevé et plus sec que le marais à Cyperacées.
Si nous considérons maintenant l’évolution de la végétation à partir d’un substrat sec, les stades semblent beaucoup moins définis et la bruyère finale beaucoup plus variée. A certains endroits, le climax bruyère ne sera peut-être jamais atteint. Sur le flanc des montagnes, par exemple, où la neige s’accumule en grande quantité, on ne rencontrera que des Graminées, parmi lesquelles les Paturins et les Calamagrostides dominent.
Contexte

Hôte :
Université Laval