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Le marqueur typographique « croix » encode-t-il le registre familier chez Richelet (1680), premier dictionnaire entièrement monolingue du français ?

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Louise Dagenais

Résumé du colloque

Dans le premier dictionnaire français entièrement monolingue, la marque d'usage familier (incluant les variantes familière ~ familièrement) compte à peine quelques occurrences : de la première entrée jusqu'à Sarment, Richelet (1680) n'y recourt que dans cinq articles; cf. s. v. Pourceau, Quoi; Christofle, Chretofle s. v. Christine; Rateleux, rateleuse s. v. Rateau; Repreneur s. v. XXX). Par rapport aux dictionnaires d'aujourd'hui, on peut parler d'un gouffre : M. Auger (1996) et N. Veillet (1998) ont en effet démontré, à partir d'échantillons statistiquement représentatifs, que la marque fam. est omniprésente tant dans le Grand Robert (1985) que dans le Nouveau Petit Robert (1993). Posant au départ que toute communauté linguistique dispose d'un registre familier et que, par ailleurs, le répertoire de Richelet abonde en matière de langue « du peuple », du « petit peuple », « de la lie du peuple » et du peuple laborieux (cf. les termes des petits métiers typiquement identifiés par les agents; ex. terme de gantier, de bourrelier, de potier, de faiseuse de point et de dentelle, etc.), nous faisons l'hypothèse que la langue familière trouve aussi place dans le répertoire. Reste à identifier les moyens par lesquels Richelet en traite. On sait déjà que la marque familier est d'usage moderne. À cet égard, les travaux de G. Godin (1998 et sous presse) sur un échantillon d'articles de quatre éditions du Dictionnaire de l'Académie (1re[1694], 4e [1762], 6e [1835] et 8e [1932-35] ) sont éloquents : ils démontrent que le champ de la langue familière était d'abord fréquemment codifié par les marques proverbial(e) et proverbialement, marques auxquelles l'Académie a substitué de plus en plus la marque familier (la marque proverbe échappant à ce glissement). Chez Richelet, l'équation proverbial / proverbialement familier ne se vérifie guère. Dans un échantillon statistiquement représentatif que nous avons traité (Dagenais 1998 et sous presse), nous n'avons ainsi relevé que 21 occurrences de proverbial(e) et aucune de proverbialement. Par contraste, le même échantillon offre 299 occurrences d'un marqueur d'usage spécifique au répertoire de Richelet : le symbole typographique « croix » ( ). Il totalise en fait plus de 75 % des marques diaphasiques de l'échantillon (299 « croix » sur 396 marques diaphasiques). Plus intéressant encore : le marqueur « croix » arrive au premier rang de toutes les marques de l'échantillon, ex aequo avec les marques d'agents (ex. terme de médecin, de maçon, etc.) et loin devant la marque qui occupe dès lors le troisième rang (bas, bassement) : on passe ainsi de près de 18 % pour les ex æquo à moins de 5 % pour la marque au troisième rang. De toute évidence, le marqueur « croix » (comme le recours aux marques d'agents) singularise le répertoire de Richelet. De la description qu'en fournit Richelet à la page Explication sur les marques utilisées dans le dictionnaire : « La croix qui est vis à vis du mot, ou de la façon de parler veut dire que le mot ou la façon de parler n'ont proprement leur usageque dans le stile simple, dans le comique, le burslesque, ou le satirique. Mais lors qu'on trouve à côté du mot, ou de la phrase une étoile et une croix, ou une croix et une étoile, * , ou *, cela signifie que le mot ou la façon de parler se prennent figurément, mais qu'ils n'ont cours que dans le stile le plus simple, comme dans les vaudevilles, les rondeaux, les épigrammes, et les ouvrages comiques ». Il ressort toutefois qu'aucun classement simpliste du marqueur ne nous est autorisé. Considérant l'opacité de la description, et en l'absence d'autres indices (systématiquement cherchés) qui nous permettraient de l'interpréter, nous tenterons d'en éclairer indirectement la valeur. Pour ce faire, nous mettrons en regard des articles du Richelet qui usent du marqueur « croix » les articles correspondants chez son plus proche contemporain, Furetière (1690).

Contexte

Section :
Linguistique
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Linguistique
manager icon Responsables :
André Lapierre
host icon Hôte : Université d’Ottawa

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Titre du colloque :

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