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Résumé du colloque
La décision politique, en particulier dans les affaires extérieures et a fortiori militaires, implique parfois de se " salir les mains ". La question de savoir si cela est justifiable agite la philosophie politique anglo-saxonne depuis la guerre du Vietnam : comment pourrait-on être moralement obligé de produire ce que la moralité proscrit (Walzer 1973) ? Je voudrais, dans cette communication, évaluer ce problème des mains sales et les types de réponse qu'on y a apportées jusqu'ici. Je commencerai en rappelant qu'il s'agit d'un véritable problème, qui se pose lorsqu'on reconnaît au politique à la fois une autonomie et une dépendance vis-à-vis la morale : il ne se réduit ni à l'erreur (agir sans savoir) ni à la corruption (user du pouvoir à des fins égoïstes), et échappe aux stratégies de purification tant utilitaristes que kantiennes (Geise 1989). J'examinerai ensuite une première manière, la plus fréquente, d'aborder le problème, celle qui se concentre sur les dispositions du décideur et son intégrité (Walzer 1973, Williams 1978, Buckler, 1993) : une sale décision peut tout de même être excusée, si le décideur le regrette (le mal n'est pas lavé par la décision) et cherche réparation pour les victimes. Cette approche ne considère que l'attitude du décideur solitaire (le leader) face à la nécessité politique, et néglige ses conditions institutionnelles. J'examinerai une seconde approche, moins fréquente, qui tient compte des conditions de légitimité du pouvoir dans une société démocratique (Thompson, 1987, Nussbaum, 2000 et 2001). Des mécanismes de participation citoyenne (commissions) et de transparence politique (délibération publique) peuvent en effet contribuer à laver le processus politique du secret et de la tromperie; mais ils ne garantissent pas sa pureté morale pour autant. En effet, à moins d'une démocratie directe internationale, le groupe des décideurs ne coïncidera pas toujours avec celui des personnes affectées, si bien que les citoyens eux-mêmes pourront connaître le dilemme : vaut-il mieux causer l'injustice que la subir ? Entre la pureté et la saleté, nos démocraties politiques imparfaites insèrent tout de même la clarté.
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