Résumé du colloque
La prévalence à vie du trouble bipolaire (TB) est estimée à 1,6 % pour les hommes et 1,7 % pour les femmes (Kessler et al., 1994), et des études suggèrent qu'elle augmente avec les années parmi les familles ayant une histoire de trouble affectif majeur (TAM) (Angst, 1985; Gershon et al., 1987; Weissman et al., 1991). Les études indiquent que la moitié des enfants de parents atteints du TB risquent de développer un TAM à l'âge adulte et plusieurs démontrent des difficultés importantes durant l'enfance (Lapalme, Hodgins & LaRoche, sous presse). L'étiologie de ce trouble est peu connue mais un facteur héréditaire semble ajouter une vulnérabilité (Allen, 1976; Bertelsen et al., 1977; Torgensen, 1986; Mendelwicz & Rainer, 1977). Nous faisons l'hypothèse que les complications obstétricales (COs) sont un facteur étiologique qui s'ajoute à l'hérédité. Une CO réfère à une déviation somatique du développement normal, de la conception à la fin des quatre semaines néonatales (McNeil, 1987). Les COs étudiées comprennent, entre autre : l'exposition prénatale à des médicaments ou des stress importants (Mirmiran et al., 1985; Schou, 1990; Reinsich et al., 1992; Reinisch et al., 1993; Verdoux et al., 1994; Marks et al., 1992) et peuvent perturber le développement cérébral normal. Les symptômes et comportements liés au TB augmentent le risque de CO pour les foetus de mères atteintes (Marks et al., 1992; Spielvogel & Wile, 1992). L'exposition à un taux de cortisol maternel élevé (lié au stress) rend le cerveau fœtal plus vulnérable aux COs (Post et al., 1994; Gold et al., 1988). Ainsi, les particularités des enfants ayant un parent atteint du TB peuvent résulter en partie de COs. Par exemple, ces enfants ont un QI verbal supérieur au QI performance, une activité hémisphérique droite accrue durant le calcul mental et une plus grande sensibilité de cet hémisphère au stress, que les autres enfants (Kestenbaum, 1979; Zahn et al., 1989). Selon nos résultats et ceux d'autres chercheurs, le comportement agressif et impulsif caractéristique de ces enfants a été lié à des COs (Baker & Mednick, 1984). Selon le développement cérébral normal, une atteinte plus marquée de l'hémisphère droit, chez les enfants de parents atteints du TB, est compatible avec des perturbations à l'accouchement plutôt que durant la grossesse (Bruder et al., 1992; Gruzelier et al., 1988; Robertson & Taylor, 1985; Sapin et al., 1987; Torrey, et al, 1993; Kinney et al., 1993). Ainsi, les enfants de parents atteints, ayant un cerveau plus vulnérable aux COs (exposé au cortisol maternel) et étant exposés à plus de COs (comportements maternels à risque), subiraient des dommages structuraux plus importants suite à des COs à la naissance. Parmi ces enfants à risque, ceux dont l'histoire comporte à la fois des COs, des résultats scolaires et un QI plus faibles, développeraient un TAM plus tôt que les autres (Waters et al., 1983). La recherche suivante fait partie du projet longitudinal intitulé : "Évaluation du risque des enfants ayant un parent souffrant du trouble bipolaire". Nous faisons l'hypothèse que l'interaction entre la vulnérabilité génétique et des COs, chez des enfants de parents atteints du TB, les rend plus à risque de développer un TAM à l'âge adulte. L'échantillon comprend 47 familles avec un parent atteint du TB et 40 familles dont ni le père, ni la mère, ni un parent biologique n'a manifesté de trouble mental. Il étudie 189 enfants nés entre 1982 et 1987. Une étude actuelle compare le nombre, le type et la sévérité des COs subies par les enfants de ces deux groupes, puis vérifie le lien entre ces COs, les symptômes et l'ajustement psychosocial des enfants entre 5 et 10 ans. Pour le présent projet, selon les liens établis entre ces facteurs, des hypothèses seront élaborées afin de choisir les tests neuropsychologiques appropriés, qui mettront en évidence les séquelles anatomiques et les déficits cognitifs liés aux COs subies par ces enfants. L'hypothèse est qu'un sous-groupe d'enfants de parents atteints du TB, ayant subi des COs plus sévères à l'accouchement et à la période néonatale, présenteront plus de déficits neuropsychologiques que les autres enfants. L'évaluation permettra d'identifier les enfants à risque de développer un trouble plus sévère et plus tôt que les autres. Les évaluations neuropsychologiques sont prévues entre septembre 1998 et mai 1999.
Contexte

Hôte :
Université Laval