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L'écrivain mystique : sujet littéraire et singulier sans désirer l'être

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Danielle Thibault

Résumé du colloque

Nous proposons que la différence essentielle entre l'écriture théologique et l'écriture littéraire se situe dans l'objet du désir (d'écrire). Le sujet de l'écriture théologique est nécessairement sujet du désir d'écrire mais pas seulement et même pas premièrement; il est aussi et surtout sujet du désir de l'Autre. Sans le désir, voire l'exigence de l'énonciataire, l'énonciateur mystique se contenterait probablement de s'écrier au lieu de s'écrire, sans vouloir laisser plus de traces littéraires. Le mystique ne prend pas la plume pour s'écrire, pour se constituer sujet mystique, alors que le sujet littéraire se construit par et dans l'écriture. Car l'objet du désir du sujet littéraire est le sujet lui-même — qui cherche peut-être son Autre ou n'en veut rien savoir — et sa singularité, alors que le sujet de l'écriture théologique, c'est l'Autre. Si le sujet littéraire ressent l'urgence d'écrire pour vivre (« Si vous n'écriviez pas, en mourriez-vous ? » - Rilke), c'est sans Dieu que le sujet mystique ne peut pas vivre. Le sujet de l'écriture mystique n'en est pas moins singulier, il atteint même les sommets de la singularité. Mais le propre du sujet mystique, et en même temps ce qui le différencie du sujet littéraire, est justement de refuser de valoriser la singularité (ou d'en faire une valeur désirable). Il semble que, paradoxalement, ce soit dans le mouvement de se quitter soi-même — « est-ce quelque chose que de sortir du tout pour être à nous-mêmes, qui ne sommes qu'un pur rien ? » (Marie de l'Incarnation) —, de s'oublier — « Béni soit le Seigneur qui m'a délivré de moi-même » (Thérèse d'Avila) —, (de contrarier le moi ?) — « Rien ne fait véritablement l'homme que le renoncement à sa volonté » (Eckhart) —, que peut advenir le déploiement d'une singularité accomplie.

Contexte

manager icon Responsables :
Jacques Julien
host icon Hôte : Université du Québec à Montréal

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