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L'effet existentiel

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Denis Bouchard

Résumé du colloque

Les constructions existentielles comme en (1) sont souvent abordées par les linguistes de façon holistique, en tant que construction plutôt que compositionnellement. (1) a Il y a un Père Noël. b There is a Santa Claus. On cherche alors une façon d'introduire un opérateur existentiel dans la représentation sémantique. Typiquement, le y et le there y perdent leur valeur locative habituelle et sont analysés comme des explétifs n'ayant pas de contenu sémantique. Mais une telle façon de faire soulève deux problèmes fondamentaux. D'une part, la notion de construction n'a pas de statut dans une approche modulaire. D'autre part, dans une approche minimaliste (Chomsky 1995), où il n'y a que deux niveaux de représentation (articulatoire-perceptuel et conceptuel-intentionnel), la présence même d'éléments explétifs dans la G est plutôt surprenante: comment une langue peut-elle en venir à contenir une structure où les propriétés d'un SV sont prédiquées d'un sujet sémantiquement vide? Je propose que l'existentiel qu'on trouve dans des phrases comme en (1) n'est pas dû à la présence d'un opérateur quelconque, mais plutôt qu'il y a un effet existentiel qui provient de la combinaison des éléments en présence. Brièvement, y et there gardent leur valeur locative, mais leur champ de référence passe du spatial au mental (comme c'est le cas pour beaucoup d'autres éléments). En (1), le SN indéfini est prédiqué de y et de there de la même façon que dans Jean est un homme. Donc le locuteur attribue la propriété Père Noël/Santa Claus à un point de l'espace mental identifié par y et there comme étant hors de l'espace mental immédiat du locuteur. D'où l'effet existentiel. En effet, en affirmant que quelque chose existe, j'affirme que cette chose est projetée hors de moi, a une indépendance par rapport à moi en tant que Sujet de Conscience, puisqu'elle est dans mon Contenu de Conscience. Inversement, si quelque chose a une référence non centrée sur moi, alors elle a une existence indépendante. Puisque le SN en (1) est du nouveau matériel, étant indéfini, qui a une identité hors de moi puisqu'il est prédiqué de y/there, j'affirme donc qu'il existe. En somme, affirmer l'existence, c'est situer hors de soi dans l'espace mental avec le pronom le moins marqué de la langue qui puisse servir à cet effet, soit y en français et there en anglais.

Contexte

news icon Thème du colloque :
Exploration du lexique
manager icon Responsables :
Brendan Gillon
host icon Hôte : Université McGill

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Titre du colloque :

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