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L'élection québécoise de 1939 : un réexamen

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Jean-Guy Genest

Résumé du colloque

Comment expliquer que l'Union nationale, portée au pouvoir dans l'euphorie générale en 1936, ait été défaite de façon aussi décisive en 1939? Beaucoup de commentateurs y ont vu la main des libéraux fédéraux particulièrement d'Ernest Lapointe. Nous proposons un réexamen de la question. Cas Lapointe. De 1904 à 1940, il fut mêlé à toutes les campagnes électorales provinciales, avec des résultats divers. Ainsi en 1935 et 1936, malgré son prestige et ses interventions ardentes, ses amis provinciaux sont acculés à une défaite significative. Dans ce contexte, on s'explique mal que la victoire des libéraux, trois ans plus tard, soit due à la "magie" de Lapointe. Il nous apparaît plutôt que, de 1936 à 1939, Duplessis a été l'artisan de sa propre perte. Chef de parti, il contrôle mal ses partisans. Dès la formation de son cabinet, il les irrite en refusant d'y inclure ses députés prestigieux, le Dr Hamel et E. Grégoire, maire de Québec. Une violente assemblée de protestation s'en suit, le soir même. Six mois plus tard, Oscar Drouin, ministre de premier plan et organisateur de l'Union nationale, démissionne. Quant au ministre de la Voirie, il est éjecté du cabinet dans des circonstances loufoques. Comme chef de gouvernement, Duplessis fait voter certaines lois intéressantes, mais, son attitude et ses législations indisposent des tranches importantes de son électorat. Il se brouille avec les syndiqués en se rangeant du côté des patrons lors des conflits ouvriers. De plus, il vote des lois qui suscitent la colère du monde syndical : bills 19 et 20 et Loi des salaires raisonnables. Il déçoit également les nationalistes, ses plus chauds partisans, en 1936, en refusant de créer une entreprise hydroélectrique d'État. S'il est vrai que les élections municipales sont le baromètre de l'opinion politique partisane, on peut déduire, des résultats des scrutins municipaux, de 1936 à 1939, que le Québec retourne à l'allégeance libérale : réélection par acclamation de T.-D. Bouchard à la mairie de Saint-Hyacinthe, élection de libéraux notoires à la mairie de Drummondville, Trois-Rivières et Québec. À Montréal, Camillien Houde, à couteaux tirés avec Duplessis, remporte une victoire retentissante contre un candidat appuyé par Duplessis. À l'époque, la situation de Duplessis se désagrège tellement que Lapointe refuse de faire campagne contre lui sous prétexte que le chef de l'Union nationale se détruit lui-même. Tel est le contexte choisi par Duplessis pour lancer la campagne électorale de 1939. À une situation politique compromise, il ajoutera une suite de bévues et d'erreurs pendant la bataille électorale qui s'engage. D'abord, il annonce le scrutin sans en prévenir bon nombre de ses députés, de ses ministres, voire de ses organisateurs électoraux. C'est pourquoi les libéraux devanceront l'Union nationale à la ligne de départ. Duplessis allait commettre deux autres bévues stratégiquement notoires. Lors de son assemblée inaugurale, il prend parti contre la participation à la guerre. Du coup, il déclenche l'opposition des Juifs et du monde anglo-saxon. Deux de ses députés anglophones, dont un ministre, démissionnent. D'autre part, il refuse de se soumettre à la censure de guerre. Il se prive ainsi de l'utilisation de la radio, puissant instrument de propagande électorale. La situation de l'Union nationale, en ce début de campagne électorale, est particulièrement compromise. Une douzaine de ses députés refusent de se représenter. D'autre part, trois députés de l'Union nationale, dont deux de ses ex-ministres, se présentent sous la bannière libérale. Voilà le contexte où se déroulera cette campagne. Compte tenu du comportement de Duplessis comme chef de parti et de gouvernement, voire comme animateur de sa campagne électorale, on peut se demander comment les commentateurs en sont venus à attribuer cette victoire libérale de 1939 à la "magie" de Lapointe. Cette victoire est l'œuvre de Duplessis, qui s'est auto-détruit, qui s'est discrédité de 1936 à 1939 et qui a conduit sa campagne électorale de façon tout à fait inepte.

Contexte

Section :
Histoire
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Histoire
manager icon Responsables :
Bernard Lemelin
host icon Hôte : Université Laval

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Titre du colloque :

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