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Résumé du colloque
Dans le cadre de l'« Étude exploratoire sur les perceptions et les habitudes de quatre communautés culturelles de Montréal en matière de jeux de hasard et d'argent (jha) », l'analyse du discours de la communauté maghrébine révèle que pratiques et opinions au sujet des jha sont éminemment liées à des préceptes religieux. Depuis une décennie, les jeux de hasard et d'argent sont considérés comme des comportements potentiellement à risque dans la sphère de la santé publique. Dans le cas de la communauté maghrébine, on décèle une double prise de risque : dans le jeu lui-même et par rapport à l'ostracisme culturel ou religieux qu'il suscite. Ce premier risque inhérent aux jeux, où l'enjeu symbolique dépasse le bénéfice matériel, a été bien décrit par Le Breton, qui postule que, dans nos sociétés industrielles modernes, le risque est honni et pris en charge par l'État. Le risque évacué socialement doit être recréé, notamment dans les conduites à risque, où l'individu se sent davantage vivant. Dans le jeu, c'est sa propre vie que le joueur met symboliquement en jeu à chaque tour. Les entrevues menées auprès des joueurs maghrébins révèlent que l'attrait pour le jeu participe de cette dynamique, de même qu'il supplée au vide possiblement créé par la dissolution des repères et des valeurs, le processus migratoire, le déclassement social, le désir d'intégration. Selon nos résultats, certains maghrébins, en arrivant dans le pays d'accueil, modifient leurs habitudes et commencent à parier, attribuant ce phénomène à l'accessibilité des jeux. Cet accès est rendu possible surtout par l'atténuation de la contrainte sociale, non transférable dans son intégralité dans le pays d'accueil. Dès leur arrivée à Montréal, certains nouveaux arrivants se font proposer de visiter les lieux où se pratiquent les jha. La visite de ces lieux et leur initiation aux jeux constitue une sorte de rituel d'admission. Même les croyances religieuses ne réussissent pas à les empêcher de jouer car ils se sentent libérés du poids de la société et du regard stigmatisant de leur pays d'origine. La première prise de risque est initiée dans ce rituel de la première fois. Dans le discours des non-joueurs, on identifie précisément le risque de l'influence de la société hôte, où l'offre de jeu et sa pratique ne seraient que le reflet de valeurs « impies ». Les jeux de hasard et d'argent sont perçus comme une chance de rêver ou comme un péché, un blasphème, le joueur se soustrayant à ses responsabilités civiles, familiales et religieuses ; les éventuels gains représentent de l'argent mal acquis. Le jeu « compulsif » est compris comme une drogue, une maladie, un vice, un virus, un esclavage. Plus les dépenses sont élevées, plus le jeu est considéré relevant de la mécréance. Le second risque est donc de continuer à jouer et de s'exposer à l'opprobre de la majorité consensuelle. Si le jeu devient un problème, c'est-à-dire compulsif ou pathologique, le risque encouru est celui de s'enfoncer davantage dans l'isolement et le retrait volontaire de sa communauté, et d'hésiter ou de ne pas oser chercher de l'aide.
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