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Résumé du colloque
De nos jours, les décideurs publics sont confrontés à une recherche de la sécurité chez une population qui associe le danger à l’inconnu, à l’inattendu ou à l’imprévu. De nombreuses controverses témoignent de ce phénomène, le plus souvent à propos de projets d’infrastructures comme des centrales nucléaires, des lignes de transport d’électricité, des autoroutes ou des sites d’enfouissement sanitaire. À une échelle plus locale et quotidienne, les municipalités sont submergées par d’incessantes requêtes « urgentes » pour multiplier les interventions visant à accroître le niveau de sécurité dans le milieu. On exige ainsi des corps publics qu’ils garantissent un environnement exempt de tous risques, que ceux-ci soient réels ou simplement pressentis. Avec le refus du risque, viennent les effets périphériques : la déresponsabilisation, l’intolérance, l’angoisse et surtout la perte du sens de la solidarité et de la communauté qui est, dans les villes comme dans les campagnes, une des couleurs fondamentales de la vie sociale. Face à ce phénomène, les experts et technocrates ont estimé qu’il leur revenait de gérer les craintes populaires en matière de risques environnementaux. Ils ont ainsi imaginé « l’étude d’impact environnemental » pour établir l’acceptabilité des projets susceptibles de présenter des risques. L’ambition est d’inventorier, d’agréger et de soupeser non seulement tous les impacts physiques, écologiques, technologiques et économiques, mais aussi les impacts immatériels qui concernent les rapports sociaux, la culture, les traditions, l'esthétique, les émotions, etc. Prolixe en informations et en procédures, l'étude d’impact propose une démarche inductive qui permettrait d’obtenir une conclusion synthétique sur l'impact global d'un projet sur son milieu récepteur. Aux yeux des communautés destinées à accueillir des équipements présentant des risques environnementaux, l’étude d’impact ressemble plutôt à un mirage qui dissimule les choix axiologiques des experts derrière sa fausse scientificité. Cette supercherie est ainsi devenue le carburant fondamental de toutes les controverses environnementales. Loin de calmer les appréhensions des populations, elle semble plutôt alimenter la suspicion face au risque. La comparaison de notre attitude craintive avec celle des sociétés dites « sous-développées » donne à penser que la peur des risques est le luxe ultime d’une société riche et désolidarisée. Par exemple, entre les bidonvilles de Port-au-Prince (Haïti) et les quartiers huppés des banlieues de Montréal, il y a un fossé immense qui traduit non seulement la différence dans la richesse et le mode de vie, mais aussi dans l’acceptation du risque comme élément intrinsèque de la vie sociale, comme de la vie tout court. Dans ces bidonvilles dont les populations sont abandonnées par un État quasi-inexistant et où habiter est un défi quotidien, les gestes de solidarité sont un élément fondamental de la vie collective. Des ménages y sont confrontés à des niveaux de danger qui nous plongeraient dans le désespoir au bout de 24 heures. Pourtant, ils connaissent les risques de leur environnement et refusent de s’y soumettre sans réagir. Ils prennent donc, collectivement, des mesures pour stabiliser et réguler l’espace public générateur de risques et, face à des ressources faibles, assument une part importante de responsabilités dans le processus de gestion des risques. Les bidonvilles ne sont pas des lieux de désespoir, d’angoisse et de hurlements de douleurs. Ce sont des lieux vivants, riches d'une vie communautaire intense, et autorégulés. Les études d’impact, qui semblent avoir atteint leurs limites de confiance, sont une des formes ultimes des tentatives d’adaptation de notre société riche face aux risques. Dans les sociétés pauvres, les réflexes solidaires autour des principes de débrouillardise sont une autre forme d’adaptation qui a aussi ses limites. À partir d’une analyse et d’une réflexion sur ces deux extrêmes dans la gamme des modes de gestion des risques, que peut-on apprendre sur la nécessaire interaction entre une population et son environnement? Quel est le lien entre le niveau de solidarité collective et la tolérance aux risques? Est-il légitime et sain que cette société civile atomisée exige du secteur public qu’il produise sans cesse « la confiance » qui lui fait désespérément défaut ?
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