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L'esthétique romanesque de Milan Kundera dans L'Insoutenable légèreté de l'être : variations de l'Éternel retour nietzschéen

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Stéphan Gibeault

Résumé du colloque

Le cycle temporel et cosmique de l'existence demeure l'essentiel de la pensée mythique et il prend, aujourd'hui encore, une importance considérable en littérature et en philosophie. Cependant, la conception cyclique a dû lutter énergiquement contre le linéarisme mis de l'avant à l'ère chrétienne. En philosophie, au début de notre siècle, Nietzsche a réagi contre le linéarisme historique en mettant de l'avant sa conception cyclique de l'histoire à travers la notion de l'Éternel retour. En littérature, un bon nombre d'écrivains contemporains cherchent à amener des variantes à leur structure narrative afin d'échapper également à ce même linéarisme. Parmi eux, Milan Kundera se distingue par son esthétique de la variation ainsi que par sa réflexion lucide sur la société moderne. Nous montrerons donc en quoi le concept nietzschéen de l'Éternel retour fait partie intégrante de l'Insoutenable légèreté de l'être de Milan Kundera. Analysant cette problématique, nous établirons, hors de tout doute, que l'esthétique romanesque kundérienne est fortement empreinte de la répétition nietzschéenne. Écrasé par un poids incommensurable, celui de «L'Éternel retour du Même» (Deleuze, Miller, Le Grand), l'homme est pris dans le «piège» qu'est devenu le monde. Dès lors, il cherche vainement un moyen d'y échapper. Par l'intermédiaire de ses personnages, Kundera en arrive au même constat. Conséquemment, il s'interroge sur les possibilités existentielles de l'homme dans le temps circulaire, donc sans issue, de l'Éternel retour. Pour ce faire, Kundera utilise la «technique» de la répétition variationnelle, c'est-à-dire «l'Éternel retour du Même et du Différent». En analysant cette pratique, pour la première fois, par l'examen des différentes représentations propres à l'Éternel retour inscrites dans L'Insoutenable légèreté de l'être - le kitch, la «mémoire de l'oubli», la perte d'individuation, la pesanteur, la légèreté, etc. -, nous pouvons en conclure que le temps circulaire de l'Éternel retour tient l'homme captif. Cependant, dans le «piège» que devient le monde de l'Éternel retour, Kundera a le mérite d'explorer, à travers ses personnages, les images et les gestes des possibilités existentielles. «En bref, tout se passe comme si l'imaginaire romanesque [...] lui servait à expérimenter une pensée toujours ouverte, toujours susceptible d'être relancée ou nuancée» (Scarpetta). Ainsi, au-delà des thématiques et des intrigues, même le type de réflexions des personnages de l'Insoutenable légèreté... semble nous prouver que l'esthétique romanesque de Kundera agit bel et bien comme de multiples variations de l'Éternel retour nietzschéen.

Contexte

manager icon Responsables :
François Dumont
host icon Hôte : Université Laval

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