pen icon Colloque
quote

Loi, gangsta'rap et Darstellung

CG

Membre a labase

Christian Giguère

Résumé du colloque

S'il y avait un temps où les humains se voyaient comme des êtres libres aspirant à une existence légèrement circonscrite par l'échaudage sur lequel ils se sont représentés le monde, comment ne pas rester saisi devant ces humains qui, devant l'échec d'une science positive du droit, c'est à dire l'échec du grand projet universaliste d'une justice imaginaire « pour tous », s'inscrivent désormais dans un devenir de l'exclusion ou, pour le dire autrement, d'une existence criminelle. Cette existence n'est pas simple à poser, dans la mesure où la loi qui donne son sens à sa criminalité ne procède pas d'une immanence achevée dans la progression du savoir conceptuel. Sa criminalité n'est pas une abbération de l'état séculier; on pourrait hasarder qu'elle est la conséquence d'une prise de position nouvelle face aux possibilités de s'inscire dans la collectivité par le langage. Si la modernité s'est pensée à partir d'une possibilité de renouveller le langage de l'état en le traduisant dans la langue privée de l'individu ou du groupuscule porteur de changement, on peut désormais traquer l'émergence d'une langue de la darstellung, langue de présentation, qui laisse entrevoir la violence figurative propre au langage et aux mouvements de la pensée qu'il produit. Un des lieux privilégiés de cette langue de présentation est sans conteste l'univers du hip hop, du « gangsta'rap », celui des burroughs new-yorkais et de la côte Ouest américaine comme celui de la banlieue parisienne. Ce hip hop qui lance « As long as I'm alive I'm gonna live Il'legal » et « No matter how much loot I make I'm staying in the projects, forever ». Jusqu'à présent, cette culture s'est surtout pensée dans une logique de la « justice poétique » où les prescriptions de la loi doivent se matérialiser dans un au-delà inaccessible, non formulable dans la langue de l'architecture régissant l'être-ensemble. Les criminels qui attendent une légitimation identitaire « de leur vivant » seront déçus. Dans cette logique de « l'incompris », le criminel sera toujours l'exclu, la négation qui confirme, de façon consciente ou inconsciente, la préséance du langage « public » de l'état moderne. On pourrait avancer qu'une lecture qui s'intéresse au développement de la présentation (darstellung) présuppose une vision différente du poétique, du littéraire : Il ne va pas de soi que la littérature doive se diriger vers l'accomplissement d'une paix juste et perpétuelle dans le monde transcendant des idées. Ma communication se propose, à travers l'analyse de certains textes-phares du hip-hop français et du « gangsta'rap » américain, d'interroger cette langue de présentation. En commentant la « rhétorique de la criminalité » qui sous-tend cette nouvelle vision des rapports entre la fondation identitaire et le langage, elle cherchera à décrire la façon dont se manifestent et s'entremêlent ce qu'on a jusqu'à ce jour appelé les « jeux de langage » qui se jouent dans le commerce des êtres humains. Sa pensée s'élaborera à partir de ce constat que, pour chaque Lyotard qui écrit que « parler est combattre, au sens de jouer », on trouve un artiste hip-hop qui, refusant de légitimer l'efficace vide qui sert de « représentant de la loi » dans cette théorie ludique, aura tôt fait de s'intéresser aux possibilités de parler à partir des contraintes de l'homme noir contemporain en Occident, c'est à dire à partir d'une « loi-figure » qui remet en cause le caractère imaginaire de la plate-forme historique que nous utilisons pour élaborer les critères de nos jugements.

Contexte

news icon Thème du colloque :
L'écrit devant la loi
manager icon Responsables :
Terry Cochran
host icon Hôte : Université du Québec à Montréal

Découvrez d'autres communications scientifiques

news icon

Titre du colloque :

L'écrit devant la loi

Autres communications du même congressiste :

news icon

Thème du colloque :

L'écrit devant la loi