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Résumé du colloque
Les premiers recueils de Gilles Cyr, on l'a dit, résistent aux étiquettes que l'on a coutume d'apposer à la poésie québécoise des dernières décennies. Ils présentent, par contre, plusieurs affinités avec les œuvres de poètes français qui, désillusionnés du surréalisme, ont tenté, de manière quasi phénoménologique, de retourner au réel même, mais en cherchant « une manière de parler du monde qui n'explique pas le monde, car ce serait là le figer et l'anéantir » (Jaccottet). Les poèmes de "Sol inapparent" et de "Ce lieu" mettent en effet en scène un affrontement entre un sujet (son regard, son toucher, son ouïe, ses gestes) et les éléments du sensible (morceaux de paysage, objets, matières). Les recueils suivants ne semblent plus tout à fait se tenir dans la gravité patiente d'une observation de l'élémentaire. On y a d'ailleurs relevé un tournant vers la « quotidienneté », avec l'apparition notamment d'un lexique renvoyant à la ville ou à des situations familières. Je partirai ici des deux hypothèses suivantes : il n'y a pas de grande rupture entre les premiers recueils ("Sol inapparent", "Ce lieu") et les plus récents ("Andromède attendra", "Songe que je bouge", "Pourquoi ça gondole"); les transformations qui surviennent ne sont pas imputables surtout à un changement dans les thèmes, mais à un déplacement du statut de l'observation et de la parole. Dès les premiers recueils, les éléments observés sont souvent présentés par intermittences et dans un certain devenir, selon les perspectives variables et inhabituelles, au point qu'on les dirait « provoqués » par l'intervention d'un sujet qui non seulement perçoit, mais agit - et agit parce qu'il parle. J'essaierai d'expliquer comment le mouvement du langage vers le sensible, caractéristique des premiers livres, demeure dans les suivants, mais que ceux-ci accusent davantage le mouvement du sensible vers la parole, ou plutôt l'hiatus entre le monde et le discours, qu'ils assument dans une forme de lucidité teintée d'humour. À travers l'analyse du rythme, ainsi que de divers processus de condensation et de rupture (ellipses et inachèvements syntaxiques, variations énonciatives, éléments argumentatifs, changements brusques de bases temporelles, etc.), je montrerai que cette poésie cherche moins à déployer un monde, qu'à provoquer des « chocs » (comme elle le dit elle-même), des tensions qui témoignent de la relativité et de la volatilité de l'expérience, de son conditionnement par le langage. J'essaierai enfin de montrer comment cela construit une expérience et une représentation du temps, liées aux vicissitudes de la « présence ».
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