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L’universel est machine

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Ollivier Dyens

Résumé du colloque

Face à un universel maintenant perçu comme symbole de la globalisation et de l’américanisation du monde, perçu comme symbole de l’écrasement et de l’effacement des cultures, des langues, des peuples et des espèces, il est difficile de proposer une lecture nouvelle et positive de ce concept. Qu’est-ce que l’universel ? Il est évidemment possible de proposer nombre de réponses à cette question. Je n’en proposerai qu’une : le désir. Le désir comme absence. Le désir comme impossibilité de se fondre à l’autre, au monde, à nos représentations de celui-ci. Le désir de ne plus être différent, séparé, rendu unique par la capacité de parler. Voilà, je crois, un des éléments les plus universels de l’humain. C’est d’ailleurs ce désir que possède en lui l’universel américain, désir d’être dans le tout, en le tout, d’être le tout, en harmonie avec le monde (ici politique, économique et culturel). L’écrasement américain est un symptôme de ce besoin de ne plus voir le monde, de ne plus le distinguer de soi. Mais aujourd’hui, par l’émergence de la culture technologique et plus particulièrement numérique, le désir, et par conséquent l’universel, se transforment profondément (car plongés dans des mondes numériques, nous n’avons aucun besoin de l’autre; en le numérique, nous sommes « tout » , « tous » et « partout »). La culture numérique exprime un autre désir, non plus celui de l’absence (car le monde numérique n’est que présences), mais celui de la contamination (le numérique « cherche » à s’infiltrer partout) et de l’omniprésence (le monde numérique « cherche » à être partout). Il faut concevoir l’universel différemment face à l’émergence sans précédent des mondes numériques. L’universel numérique dépasse le désir humain et se fonde dans le désir machine. L’universel numérique est le désir des machines. Qu’est-ce que cela veut dire ? Les cultures et les langues que l’on dit menacées ne le sont pas par impérialisme, mais bien par disparition et transformation profonde des structures qui leur permettent d’exister. Dans l’universel numérique, la langue humaine n’a pas la fonction d’approfondissement, mais bien celle de l’événement, de la glisse, du vecteur. Dans le monde numérique, la langue n’existe qu’en tant que dynamique. Elle n’est plus verticale mais horizontale. Les cultures, langues, identités sont aujourd’hui menacées parce que le but, l’envie, le besoin n’est plus d’exprimer une appartenance à une distinction humaine mais bien à une numérisation qui est globale et totale. La preuve ? Le cinéma numérique là où des films aussi différents que Tigres et Dragons, Matrice, Perfect Storm et Dancer in the Dark parlent tous d’une culture commune qui n’a rien à voir avec une quelconque origine nationale. Tous ces films illustrent l’universel de la numérisation du monde, tous ces films ont, comme matrice commune, une représentation du monde essentiellement numérique, là où corps, langue, culture, identité et même réalité se fondent dans un nouveau collectif pour qui seul compte une expansion sans fin de son étant. Tous ces films parlent d’une nouvelle culture commune : celle de la numérisation du monde, celle du désir numérique de tout toucher, contaminer, posséder. Voilà la nouvelle universalité.

Contexte

news icon Thème du colloque :
L'universel comme dieu planétaire
manager icon Responsables :
Terry Cochran
host icon Hôte : Université de Sherbrooke

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