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Modalités d'entrée des femmes dans la vie conjugale et maternelle : confrontation de deux modèles urbain et rural sénégalais

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Agnès Adjamagbo

Résumé du colloque

La baisse de la fécondité au Sénégal, au cours des dernières décennies, peut se résumer par trois particularités : 1) Le phénomène démarre dans un premier temps en milieu urbain pour se répandre progressivement au milieu rural; 2) non seulement plus tardive, la baisse de la fécondité dans les campagnes est aussi plus lente que dans les villes; 3) enfin, le fléchissement de la fécondité dans les villes dans sa phase initiale est surtout le fait de femmes jeunes et éduquées. Plus récemment, sous l'effet d'une crise économique persistante, la tendance se propage à des femmes n'ayant que le niveau primaire et concerne même de plus en plus de femmes qui n'ont aucune instruction. Le recul de l'âge au premier mariage a indéniablement été un des facteurs déterminants de la baisse de la fécondité observée au cours des dernières décennies du 20e siècle. Il a eu pour conséquence majeure d'augmenter la part des jeunes célibataires dans la population. Encore influencée par le mariage, l'entrée en vie sexuelle a reculé au Sénégal. Mais là encore, les deux milieux urbain et rural affichent des tendances bien distinctes. Alors que dans le dernier on observe une relative concordance entre l'entrée en première union et le premier rapport sexuel, dans le premier, pour la plupart des femmes (et tout particulièrement celles qui sont éduquées) le premier rapport sexuel a lieu bien avant le premier mariage. Ces deux tendances conjuguées (allongement du célibat et pratique d'une sexualité hors mariage) impliquent également un changement dans le calendrier des naissances. Si l'âge à la première naissance a reculé, on observe également une augmentation des grossesses prénuptiales à la laquelle les zones rurales n'échappent pas. Les écarts urbain/rural restent encore importants au Sénégal. Pourtant, la baisse de la fécondité n'est plus le seul fait des villes. Le recul de l'âge au mariage et la baisse de la fécondité ne peuvent plus être exclusivement associés au mode de vie urbain et à la scolarisation. Les pratiques changent aussi en milieu rural; même si ces changements restent moins accentués et plus lents. En ce sens, la ville n'est pas le théâtre privilégié du changement social qui doit être aussi appréhendé à travers sa réalité rurale. À partir d'une comparaison entre deux populations urbaine et rurale aux caractéristiques socio-économiques et culturelles contrastées, celles de Dakar et celle de Niakhar dans la région de Fatick, nous avons cherché à mieux comprendre les mécanismes de baisse de la fécondité au Sénégal, en nous intéressant plus particulièrement à la relation qui s'établit entre fécondité et nuptialité. Nous partons de l'hypothèse selon laquelle il existe une plus forte déconnexion mariage conception (ou naissance) en ville qu'en milieu rural. Quelle sorte d'interaction entre les deux événements observe t-on ? Quelle est la fréquence du modèle type de constitution des familles associant successivement les trois phénomènes mariage grossesse naissance ? Les grossesses prénuptiales ont-elles tendance à accélérer le mariage ? Que deviennent les femmes qui ont des enfants avant de se marier la première fois ? En quoi cela va t-il influencer leur vie matrimoniale future ? Voici autant de questions qui guident notre étude. Les données que nous utilisons reposent sur deux enquêtes biographiques l'une réalisées à Dakar en 2001, l'autre réalisée à Niakhar en 1999. L'enquête « jeunesse et devenir de la famille à Dakar », réalisée entre les mois de juin et août 2001, auprès d'un échantillon de 1290 hommes et femmes âgées de 15 à 59 ans, a pour but d'étudier les changements économiques et sociaux survenus dans les familles dakaroises, dans un contexte de crise persistante. L'échantillon sélectionné s'est appuyé sur les résultats d'une étude sur la pauvreté monétaire menée en 1996 par la Direction de la Statistique (ESAM). La population choisie restitue ainsi la diversité des catégories sociales du tissu urbain dakarois. Les données recueillies retracent l'itinéraire résidentiel, professionnel, génésique et matrimonial des individus. L'enquête « Idéaux et comportements en matière de fécondité » (ICOFEC) a été menée auprès de 1832 personnes, dont 800 hommes âgés de 20 à 69 ans et 1000 femmes âgées de 15 à 54 ans, résidant dans la zone d'étude de Niakhar. Cette étude doit permettre de mieux comprendre les conditions d'une transition de la fécondité dans cette zone, en proie par ailleurs à d'importantes mutations économiques et sociales. Dans cette perspective, elle se fixe pour objectif d'analyser l'évolution des comportements de reproduction en liaison avec les stratégies matrimoniales (entrée en union, polygamie, divortialité), la connaissance et la pratique de la contraception. Le questionnaire d'enquête retrace l'histoire résidentielle, matrimoniale et génésique des hommes et des femmes et contient des questions plus particulières sur les pratiques et les connaissances en matière de régulation des naissances. Dans un premier temps nous procédons à des analyses de type descriptif permettant de mettre en relief les différences entre nos deux populations. Ensuite, nous nous efforçons d'expliquer ces différences en recourant à l'analyse mutiniveaux, plus particulièrement le modèle de Cox. Les premiers résultats montrent que, comme on pouvait s'y attendre, le phénomène de déconnexion mariage-maternité est bien plus intense et rapide dans la capitale sénégalaise que dans la région de Niakhar. Cette dernière n'échappe cependant pas au phénomène qui montre des signes tangibles en dépit du fait qu'il démarre plus tardivement dans le temps et suit un rythme plus modéré. La crise agricole que traverse la région de Niakhar depuis la fin des années 1970 n'est pas sans lien avec les changements survenus dans les pratiques matrimoniales et de fécondité. En effet la dégradation des revenus des paysans a entraîné une recomposition de l'organisation familiale qui induit indirectement de nouvelles logiques démographiques.

Contexte

host icon Hôte : Université du Québec à Montréal

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