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Ordre temporel, ordre social : unicité ou pluralité? Le cas des communautés oasiennes (au sud de la Tunisie)

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Mahmoud Abdesselem

Résumé du colloque

La notion du temps est une construction sociale et culturelle. En effet, dans toute société, il y a une mythologie, une « doxa » (Bourdieu) autour du temps qui passe. Ce temps social est le corollaire d’un ordre social. Il s’agit, dans cette communication, d’analyser la notion du temps dans une société oasienne en mutation au Sud de la Tunisie. Il s’agit d’abord d’exposer la notion du temps dans la pensée arabe et islamique et son articulation avec les socialités qui, d’après des études faites à ce sujet, flotteraient entre les structures temporelles endogènes d’une société locale et une éthique temporelle globalisante, voire même « homogénéisante ». Quoique multiples, les temps sociaux dans les société industrielles sont uniques. Par ailleurs, les sociétés en développement qui semblent s’intégrer totalement ou partiellement dans les structures des temps modernes gardent, plus ou moins, leurs valeurs temporelles locales. Souvent, le local intériorise les formes temporelles de la modernité en fonction de ses structures traditionnelles spécifiques. Par ailleurs, pour le commun des musulmans, le temps est une succession d’instants (A’ouqat) pluriel de (Waqt), instant pendant lequel le croyant rencontre « Dieu » lors des pratiques rituelles. À cet égard, Louis Gardet dit « pour le musulman, le temps vécu est beaucoup moins une durée qui s'écoule qu’une « constellation », « une voie lactée » d’instants. Cette thèse est, actuellement, critiquée par des penseurs arabes qui défendent l’idée de la durée dans la conception temporelle arabe et islamique. Cette dernière n’est pas linéaire, mais elle est cyclique. Ainsi, le temps a une évolution cyclique, selon le cours des générations humaines et la succession des dynasties qui, comme l’homme, naissent, s’épanouissent et se désagrègent. Pour Ibn Khaldoun, les phases d’une dynastie sont les suivantes : pendant la première phase, par des alliances tribales et des vertus bédouines, « la àçabiyya » (solidarité) réussit à s’emparer du pouvoir absolu. La seconde phase est celle pendant laquelle le monarque consolide son règne. La troisième phase est celle pendant laquelle règne le calme et la paix. C’est une période de plaisir et d’opulence pour le prince. À la quatrième phase ce dernier prend soin de ne pas s’écarter de la tradition de ses prédécesseurs, il veille à garder des liens de paix avec ses voisins … À la cinquième phase, le monarque vaque à satisfaire ses plaisirs personnels et c’est la période de décadence. En effet, il y a un lien étroit entre : espace, temps et mouvement dans l’analyse khaldounienne de l’histoire des dynasties. En somme, l’éthique temporelle arabo-musulmane n’est ni universelle ni complètement continue, ni une succession discontinue d’atomes d’instants, elle se définit, plutôt, dans une dialectique entre sacré et profane, au sein des mutations des sociétés arabo-musulmanes contemporaines. Malgré l’hégémonie du temps du travail industriel et des nouvelles technologies de l’information, l’espace quotidien dans le Sud tunisien reste surdéterminé par les rythmes temporels de la culture locale.

Contexte

host icon Hôte : Université Laval

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