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Pratiques des agriculteurs sur leurs bordures de champ : une approche anthropologique et régulationniste

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Sylvie Kergreis

Résumé du colloque

Comment comprendre ce qui détermine socialement les pratiques humaines vis à vis du milieu ? A partir d’une question commune à un laboratoire de recherche d’écologie du paysage et au champ de la formation agricole, s’est ouvert une voie de travail pluridisciplinaire. Il s’agit de s’intéresser plus spécifiquement à la « question sociale » du bocage et des bordures de champ en Bretagne, qui se manifeste par divers conflits ou manifestations culturelles, au fil des ans… L’émergence de concertations environnementales à ce sujet lui donne une importance nouvelle, sous-tendue par les impératifs de la qualité de l’eau à reconquérir. L’analyse des pratiques concrètes des agriculteurs sur leurs bordures de champ, effectuée par l’INRA SAD Armorique dans un double objectif de confrontation aux évolutions écologiques et agronomiques, a servi de base à la déconstruction des logiques sociales à l’œuvre chez les divers agriculteurs rencontrés. L’extrême diversité des pratiques observées nécessite de trouver un fil conducteur pour comprendre leurs déterminants. Un modèle d’anthropologie clinique (Théorie de la médiation, Jean Gagnepain, 1994) est employé pour mieux saisir les articulations entre rationalité technique, représentations symboliques, enjeux sociaux et axiologiques. Les objectifs poursuivis à ces différents niveaux, et les moyens mis en œuvre pour les atteindre, interfèrent en effet selon les individus et les situations sociales. Les différentes échelles prises en compte dans les observations permettent de situer l’individu dans son histoire personnelle, dans son groupe professionnel, dans sa commune d’appartenance, ainsi que d’analyser les niveaux d’influence plus élevés, qui structurent en partie, dans de grands modes de régulation socio-économiques (Boyer, 1986), les pratiques choisies. Trois systèmes de pratiques semblent présenter ainsi des cohérences internes, à la fois d’un point de vue technique, économique, énergétique et sociale. Ils déterminent les choix axiologiques de traitement de la valeur recherchée, et donc le rapport à l’environnement et aux autres, aux différents niveaux analysés, puis entrent progressivement en contradiction, ce qui justifie leur évolution. Le troisième système, émergent, n’a pas atteint un niveau d’équilibre suffisant pour qu’on puisse prédire les solutions choisies. Dans ce cadre général, il est possible d’analyser le double mouvement de déstructuration – restructuration des normes, des pratiques concrètes, des institutions, qui créent la réalité multiforme observée. L’habitus (Bourdieu, 1980) qui structure les pratiques de certains agriculteurs fait ainsi perdurer des gestes qui semblent ne plus correspondre aux logiques actuelles… tandis que l’individuation (Dubar, 1995) pousse d’autres à innover en bousculant les conseils des structures professionnelles… Cette analyse du rapport à l’environnement à travers le fait technique (Jollivet, 1989,1992) permet de montrer comment les grands modes de régulation socio-économiques peuvent avoir des conséquences relativement fines. Elle laisse également voir comment les dynamiques individuelles s’orientent dans ces champs de force pour faire émerger des innovations.

Contexte

host icon Hôte : Université Laval

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