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Résumé du colloque
Dès l’incipit du film Exils (France, 2004), les personnages sont donnés à voir, dans ce qui transparaît comme un mal être intérieur de l’ordre de la possession : directement avec le gros plan du visage de Zano et son mouvement d’autiste ; indirectement, avec le rire et l’attitude de Naïma et son mouvement de la tête qui sera repris lors de la séance de transe à la fin du récit. Marc Augé mentionne que « la possession est l’institution emblématique du retour » et que le « possédé, quant à lui, ‘rentre en lui-même’ ou ‘retrouve ses esprits’ — toutes expressions de notre langage courant qui s’appliquent littéralement à la description du ‘retour’ du possédé ». Nous nous arrêterons particulièrement à ce mouvement du corps qui dit l’intérieur dans une expression symptôme d’une torture endurée psychiquement mais surtout de façon solitaire, individuelle. Nous nous pencherons en particulier sur ce plan séquence d’une durée de dix minutes qui montre Naïma en transe : Tony Gatlif y renoue avec le « ciné-trance » de Jean Rouch où « l’engagement du corps et du regard » du filmeur « prend en marche un événement, au moment où il est presque arrivé à son paroxysme […] ». Cette partie cruciale du film figure pour nous la mise en images et en actes d’une « forme et d’une structure de survivance », un moment où le « retour du possédé » est mis en scène, joué et ostensiblement représenté, rendu, transmis par un dispositif narratif incluant la performance et son intensité (pour la filmée et le filmeur). Au terme de ce retour vers des lieux de mémoire familiale (appartement d’Alger fui en 1962, tombe du grand-père) et de cette séance d’exorcisme, les deux héros auront finalement parcouru autant de distance intérieure que de kilomètres pour accéder à une connaissance d’eux-mêmes, seule issue pour une paix avec soi-même et avec l’autre, paix qui, manifestement, mettra fin aux déchirements enfouis. Aussi, tenterons-nous de montrer que dans Exils le retour est celui d’un retour effectif au pays des racines (pour Naïma probable fille de harki et pour Zano fils de pieds-noirs) et qu’il est synecdotique d’un retour sur soi, une figure de l’oubli (Marc Augé) qui imprègne autant les personnages que la démarche du réalisateur pour la première fois de retour en Algérie depuis 1962.
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