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Québec 1837 : écrire sous l'influence des livres

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Rainier Grutman

Résumé du colloque

Au fur et à mesure qu'avance le XIXe siècle, les efforts des écrivains d'ici se conjuguent autour d'un projet commun: celui de créer une littérature francophone à contenu canadien. Cette volonté de «nationaliser» (comme le dira plus tard Camille Roy) les lettres sur le seul plan thématique fait cependant l'impasse sur la forme des oeuvres, qui oriente déjà leur contenu. Le montrera une analyse socio-stylistique du premier récit québécois où la fiction l'emporte sur le documentaire: L'Influence d'un livre (1837) de Philippe Aubert de Gaspé fils. Dès le paratexte, ce roman affiche une double allégeance linguistique: tandis que la dédicace et la page de titre mettent en exergue le bilinguisme propre à l'élite de Québec, la préface s'inspire du débat français qui opposait les romantiques à l'héritage classique. Encadré par une narration française, l'anglais n'en est pas pour autant «neutralisé» dans le corps du texte, comme l'attestent les nombreux emprunts qui montrent la dette du jeune écrivain envers le romantisme britannique (Byron, Scott). Bref, le premier roman québécois exhibe une dualité qui le rattache, par-delà le prétexte (plutôt que le contexte) géographique du Bas-Canada, à la tradition littéraire des deux puissances coloniales. En coulant de la sorte un contenu local dans un moule de fabrication étrangère, l'auteur semble revendiquer pour son roman un statut qui était jusqu'alors réservé aux seules oeuvres écrites par (et pour?) des Européens. C'est dire que, paradoxalement, le recours aux modèles - l'écriture sous l'influence des livres - assure à la littérature émergente la garantie d'une autonomie prochaine.

Contexte

host icon Hôte : Université McGill

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