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Quelques réflexions sur l'approche économique en histoire de l'environnement

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Paul Allard

Résumé du colloque

Cette communication s’appuie sur l’expérience acquise dans la recherche historique dans le domaine économique et social. Elle a pour but de proposer quelques réflexions sur les liens existants entre les sciences économiques et historiques. Ces liens datent du début du XXe siècle, sous l’influence combinée de la sociologie avec Max Weber et du marxisme. L’école historique des Annales a contribué à diffuser un modèle de compréhension global de la société dans lequel approches économique et sociale sont indissociables. Depuis quelques années l’histoire des mentalités, l’importance accordée aux représentations sociales ont rejeté au second plan la recherche en histoire économique qui tend à marquer le pas dans beaucoup de pays et plus particulièrement en France. Cela a pu constituer un handicap lors de l’apparition d’un nouveau champ de recherche autour de l’environnement qui par définition ne peut s’envisager que d’une manière globale. En utilisant des exemples historiques ayant trait à l’histoire de l’environnement, je me propose d’essayer de mettre en évidence quelques uns des problèmes théoriques qui peuvent se poser à l’historien dans la compréhension des mécanismes économiques d’une société à une époque donnée. Une première difficulté provient du fait que pour l’historien l’économie ne peut se dissocier des pratiques sociales dans lesquelles elle se développe. Les travaux de Fernand Braudel sur les origines du capitalisme mettent en évidence cette dimension sociale, derrière la production et les échanges se trouve toute une organisation sociale complexe qui s’appuie sur une culture et des savoirs techniques et sociaux. Les faits économiques peuvent difficilement être étudiés hors de ce contexte. C’est ainsi que dans les choix d’aménagement de l’espace il est rare que seuls entrent en ligne de compte des impératifs économiques comme de nombreux travaux ont pu le montrer que ce soit pour les pratiques agricoles de la Grèce antique ou les usages plus récents de l’espace rural européen. Une autre difficulté est liée à l’usage par les historiens de théories économiques qui permettent d’interpréter les faits et de leur donner une cohérence en les rattachant à des systèmes d’interprétation. C’est ainsi que le paradigme marxiste a été souvent utilisé, notamment dans l’historiographie française mais pas exclusivement. Depuis quelques années le paradigme libéral a tendance à s’imposer et sous-tend de nombreuses interprétations. On pourrait également décliner les nombreuses variantes de chacun de ces paradigmes. Tel n’est pas mon propos. Remarquons simplement que ces interprétations des faits économiques présupposent en réalité l’existence de modèles sociaux. Cela est explicite dans le marxisme qui a une approche holiste et décrit les mécanismes d’une économie politique dont les principes de fonctionnement sont indissociables du contexte social. D’où l’intérêt que les historiens européens ont longtemps porté au marxisme qui semblait rendre compte de la totalité du champ social. Dans le paradigme libéral, l’individualisme méthodologique prédomine, cela pourrait laisser supposer qu’idéalement pour bien fonctionner l’économie devrait s’affranchir de la plupart des contraintes collectives. Certes on sait bien qu’il n’en était rien chez Adam Smith et que l’État gendarme remplissait de nombreuses fonctions et les théories modernes tiennent compte de l’existence d’un contexte social. Mais l’idée demeure que les phénomènes économiques obéissent à des lois naturelles qui ne sont efficientes que dans un certain type de société. Quoi qu’il en soit et sans développer outre mesure mon propos, il est clair que l’usage de théories économiques par les historiens n’est pas neutre et a tendance à les orienter vers certains types d’interprétations. Un dernier point non négligeable, en particulier pour les périodes postérieures au Moyen ge, est que les individus d’autrefois avaient à leur disposition des théories économiques qui orientaient leurs choix, le mercantilisme, le courant physiocrate, le libéralisme, le marxisme, se sont succédés dans le temps et ont souvent coexisté, mêlés à d’autres croyances. Ces courants étaient plus ou moins connus parmi les hommes politiques et les acteurs économiques. Il s’agit pour l’historien de retrouver ces idéologies et d’essayer de mesurer leur impact afin d’apprécier dans quelles mesures elles intervenaient dans les prises de décision. Le but de cette communication est d’exposer ces difficultés d’utilisation et d’interprétation des approches économiques par l’historien en l’illustrant d’exemples choisis dans l’histoire des rapports de l’homme à son environnement.

Contexte

host icon Hôte : Université Laval

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