Résumé de la communication
Le Canada et les autres pays industrialisés sont entrés dans une nouvelle économie fondée sur la connaissance, c'est-à-dire une économie basée sur la création, l'entreposage, la circulation, le partage et la vente de l'information et du savoir. Le Canada peut, dans ce contexte, faire valoir les avantages de la dualité linguistique dans le domaine de l'industrie de la langue et de l'économie du savoir. Ce savoir est, de plus en plus, étroitement lié à l'utilisation des technologies de l'information et, là encore, Internet constitue l'élément central de la « route du savoir universel », pour reprendre l'expression d'Alain Guillermou, président-fondateur des Biennales de la langue française. Les progrès des technologies de l'information et des communications, qui mènent à l'émergence des inforoutes, modifient notre façon de vivre : notre façon de travailler et de faire des affaires, notre façon d'éduquer, notre façon de nous informer, de faire de la recherche et de nous former, ainsi que notre façon de nous divertir. Internet transforme également les rapports entre l'État et les citoyens. La création d'un espace public où s'échange l'information et d'un lieu de services à faibles coûts débouche sur une agora virtuelle propice à la participation accrue des citoyens, transformant ainsi les conditions de gouvernance de l'État. Cet accès à l'information par Internet contribue à renforcer la participation des citoyens à la vie démocratique, rend plus effectif le droit à l'information devenu essentiel afin de favoriser l'égalité des chances des citoyens et permet d'imaginer une meilleure transparence de l'administration publique. Or, le contrôle du développement et la qualité du contenu constituent les fondements de la société du savoir. Cette société se conjuguera également en français si une masse critique suffisante de produits et de contenus de langue française est rapidement atteinte. Qu'entendons-nous par contenus en français ? Cette expression correspond à une notion générique qui inclut l'ensemble des informations et des documents qui sont véhiculés en langue française, quelle que soit la forme qu'ils empruntent. En somme, toute page diffusée en français sur Internet contribue à l'accroissement de contenus en français auxquels ont accès non seulement les Canadiens, mais également les internautes de la Francophonie et du monde. Ainsi, le gouvernement du Canada a une responsabilité particulière afin de favoriser la création et la diffusion d'une masse critique de contenus en français sur Internet, non seulement à cause des obligations qui lui incombent en vertu de la Charte et de la Loi sur les langues officielles et de sa participation à la Francophonie internationale, mais aussi en raison de l'importance économique, sociale, politique et culturelle de la participation équitable à l'émergente société du savoir des Canadiens d'expression française et d'expression anglaise. Il reste beaucoup à faire pour créer une dynamique de plus en plus favorable à l'utilisation et à la promotion de contenus en français sur Internet. Une enquête de Statistique Canada indique que la proportion des résidants du Québec qui communiquent par ordinateur au cours d'un mois type n'est que de 26,2 %, soit le niveau le plus bas au Canada. À titre de comparaison, la proportion en Alberta se situe à 45,1 %. De nombreux facteurs contribuent sans doute à ce retard. Le peu d'information et de services en français en est certainement l'un des plus importants. Cette différence dans les usages semble difficilement compatible avec l'engagement du pays envers la dualité linguistique et l'égalité de statut du français et de l'anglais. Un rapport publié récemment indique que 31,2 % des internautes québécois affirment que le fait de parler uniquement français est un obstacle à l'utilisation d'Internet. Les sondeurs ont aussi demandé aux répondants de préciser combien d'heures ils consacrent à la navigation dans le Web en français, en anglais ou dans une autre langue. Une importante majorité (66,9 %, ou les deux tiers) des internautes assidus consultent surtout des sites en anglais. Quelles sont, par conséquent, les répercussions du manque de visibilité du français sur Internet ? Voici un élément de réponse. Là se situe le réel danger : par sa simple présence, Internet force les cultures à se numériser et à se poser de bonnes manières sur les réseaux. Les cultures qui n'auront pas les moyens économiques d'effectuer cette transition s'en trouveront fortement pénalisées. Afin de préciser les points sur lesquels le gouvernement fédéral devrait faire porter ses efforts pour bonifier les contenus et les services en français sur Internet, nous avons procédé à une revue de ses actions et de ses pratiques actuelles. En particulier, nous avons rencontré divers responsables de programmes de diffusion sur Internet dans plusieurs ministères qui jouent un rôle important à cet égard, dont le ministère du Patrimoine canadien, Industrie Canada, le Conseil national de recherches du Canada, le ministère des Affaires étrangères et du Commerce international et le Secrétariat du Conseil du Trésor. Nous avons également pris contact avec le ministère des Travaux publics et Services gouvernementaux, le Bureau de la traduction, le Musée canadien des civilisations, la Bibliothèque nationale du Canada et les Archives nationales du Canada. Afin d'élargir la base de notre analyse et de définir plus clairement les facteurs pouvant freiner le rythme de diffusion de l'information fédérale sur Internet, le Commissariat aux langues officielles a réuni six groupes témoins à Ottawa, Montréal et Moncton où se retrouvaient des utilisateurs, des webmestres, des analystes et des gestionnaires de plusieurs ministères et organismes fédéraux. Les ministères et organismes suivants ont délégué des représentants à ces rencontres : l'Agence de promotion économique du Canada Atlantique, l'Agence canadienne d'inspection des aliments, l'Agence spatiale canadienne, Agriculture Canada, le Commissariat à l'accès à l'information, le Canadien national, Citoyenneté et immigration Canada, le ministère de la Défense nationale, Énergie atomique du Canada, Environnement Canada, Finances Canada, Pêches et Océans Canada, le ministère du Patrimoine canadien, la Société canadienne des postes, Ressources naturelles Canada, Revenu Canada, Santé Canada, le Secrétariat du Conseil du Trésor, Statistique Canada, Transports Canada et VIA Rail Canada. Outre l'analyse documentaire de plusieurs mémoires et études cités en bibliographie qui font notamment état d'études du gouvernement français et d'institutions de la Francophonie sur cette question, notre examen s'est aussi enrichi des entretiens que nous avons eus avec divers spécialistes de l'Internet. L'objectif de la communication serait de poser un diagnostic et une réflexion sur les interventions récentes du gouvernement du Canada afin d'accroître les contenus et les services en français sur les sites fédéraux. L'étude que j'ai réalisée pour le Commissariat aux langues officielles : Le gouvernement du Canada et le français sur Internet disponible au http://www.oclo-clo.gc.ca formule douze recommandations afin d'inciter le gouvernement fédéral à contribuer davantage à la constitution d'une masse critique de contenus en français sur Internet dans le contexte de ses responsabilités en vertu de la Charte canadienne des droits et libertés et de la Loi sur les langues officielles. Ma communication ferait état de la réponse du Greffier du Conseil privé au nom du gouvernement, des éléments du Discours du Trône et du budget fédéral de février 2000. La mise en oeuvre des recommandations permettrait notamment le positionnement canadien et québécois dans le domaine des industries de la langue et des industries du contenu sur Internet. Les principales recommandations de la Commissaire aux langues officielles dans cette étude visent notamment : à l'affirmation de la dualité linguistique comme principe directeur de toute action fédérale pour le développement de l'Internet; la mise en place d'une stratégie cohérente et coordonnée à cet égard; le renforcement d'un axe de coopération internationale sur les contenus en français sur Internet; davantage de ressources pour la traduction et pour la numérisation; la mise en place d'un méga-portail sur l'information gouvernementale fédérale incluant la francophonie; le développement de l'accès sans frais aux banques de terminologie, logiciels bilingues; la création d'un site Internet sur les ressources pour l'apprentissage du français et de l'anglais langues secondes; l'élaboration d'une stratégie d'investissement afin de favoriser l'essor d'un secteur privé et des organismes à but non lucratif oeuvrant dans le domaine des contenus et services de langue française. Cette communication vise particulièrement les participants qui s'intéressent aux dimensions linguistiques et culturelles de l'Internet, à l'administration publique, mais aussi aux traducteurs et spécialistes de questions linguistiques. Cette réflexion sur les interventions du gouvernement canadien pour l'accroissement de la masse critique des contenus en français sur Internet n'a jamais été présentée en public.
Contexte

Hôte :
Université de Montréal