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Représentation de la langue et norme linguistique : genèse du modèle socio-culturel québécois

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Claude Poirier

Résumé du colloque

La notion de «français national», laquelle met l'accent sur les aspects externes de l'utilisation de la langue, permet de situer dans une perspective politique la question de la légitimité du français du Québec. En revanche, si l'on s'interroge sur le modèle linguistique à privilégier, c'est dans une perspective socio-culturelle qu'il convient de poser le problème. Dans cette optique, la question de l'évolution interne du français québécois prend une grande importante si l'on veut comprendre la situation actuelle. Les lois linguistiques promulguées depuis les années 1960 ont permis de bien affirmer que la langue principale de la communauté québécoise était le français: c'était en quelque sorte la défense de la langue française, ou la légitimation du français sur le territoire du Québec. Cette affirmation politique a favorisé une véritable illustration de cette langue par la communauté elle-même, à travers les discours des écrivains, des artistes, des professionnels de la communication, mais aussi à travers ceux des locuteurs ordinaires. Ceux-ci ont peut-être, en définitive, joué un rôle bien plus important qu'on pourrait le croire en inspirant et en appuyant les productions les plus largement diffusées. Si ces locuteurs se sont reconnus dans les discours de leurs écrivains et de leurs artistes, c'est qu'ils avaient déjà en tête une représentation de leur langue, donc de leur identité. Mon exposé visera à expliquer comment s'est constitué ce modèle depuis l'époque de la Conquête. À partir d'exemples tirés de la recherche du Trésor de la langue française au Québec, je montrerai qu'il s'est produit un changement fondamental dans la façon d'évaluer les productions langagières à l'époque de la Conquête et que des intervenants de diverses couches sociales ont joué un rôle dans la définition du modèle linguistique à toutes les époques, tantôt résistant au changement, tantôt y participant, selon que les solutions proposées paraissaient conformes au non à la représentation collective qu'on se faisait de la langue. Dans les décennies de désarroi qui ont suivi la Conquête, on voit clairement que les locuteurs ordinaires ont eu une influence sur la définition du modèle linguistique. Les nouvelles élites qui se sont constituées ont eu de la difficulté à déterminer quels étaient, parmi les usages qui tendaient à se répandre, ceux qui pouvaient être considérés comme légitimes; leur action n'a eu une véritable portée que dans les cas où l'on a su décoder le sentiment de la communauté. Ma communication illustrera notamment les hésitations et les contradictions qui ont marqué les interventions des observateurs du langage. Elle cherchera en outre à voir comment s'insèrent dans l'évolution de la conscience linguistique des Québécois des phénomènes importants qu'on a pu observer au cours des dernières décennies, comme l'affranchissement de la littérature québécoise, le débordement de l'expression joualisante, l'émergence des productions artistiques s'inspirant de la variété de français parlé au Québec et, enfin, le développement considérable de la lexicographie depuis le milieu des années 1980. À la lumière de la recherche qui a été conduite au TLFQ, il apparaît important, après avoir bien affirmé la légitimité politique du français au Québec, de reconnaître la légitimité socio-culturelle de cette variété de français afin de pouvoir compter, dans le travail collectif de standardisation qui se poursuit, sur les forces vives qui ont assuré jusqu'ici sa survie et son développement. Les linguistes doivent sans doute continuer à guider les locuteurs par leurs avis, mais ils doivent tout autant se mettre à leur écoute.

Contexte

host icon Hôte : Université Laval

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