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Saint-Denys Garneau et le vol culturel

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Karim Larose

Résumé du colloque

Il y a un mystère chez Saint-Denys Garneau : celui de son silence final, annoncé par certains passages très tourmentés de l'oeuvre en prose où le poète s'enferme dans des arguties touchant, entre autres, la légitimité de son écriture. Il y a là des pages jugées illisibles, que la critique a souvent imputé à une sorte de «fatalité psychologique». Il est pourtant possible de déceler une singulière cohérence dans cette partie de l’oeuvre. À partir d’une perspective sociocritique, notre communication se propose ainsi de montrer que le Journal et les Lettres à ses amis sont clairement structurés par deux réseaux conceptuels et métaphoriques, liés tantôt à la sphère économique, tantôt à la sphère judiciaire, mais se conjuguant à travers un motif fondateur : le «vol» culturel. Ce concept qui traverse l’oeuvre en prose rend compte du fait que, malgré la modernité de sa poésie, Garneau demeure lié au régime de la dette (envers Dieu) qui définit les sociétés traditionnelles. Ainsi, selon Garneau, il y aurait vol dès qu'au lieu de «rendre» grâce à Dieu, le poète essaie d’utiliser ses dons naturels en vue d’une «spéculation» intéressée, un profit littéraire. Un tel excès dans la culture de soi, loin d’enrichir, ne peut en fait que ruiner le legs fondamental venant de Dieu. Le poète épuise ainsi le «capital» de départ, la «mise de fonds» de Dieu, en faisant jouer la culture contre la nature, l’homme contre Dieu. Dans ces conditions, Saint-Denys Garneau ne pouvait qu'être obsédé par la «poursuite» intentée par Dieu à son égard, ce dont témoigne avec éloquence l'oeuvre en prose.

Contexte

host icon Hôte : Université d’Ottawa

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