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Résumé du colloque
Il est pour le moins étonnant de constater que l'oeuvre de Michel Leiris, qui, d'emblée, pose la primauté de la règle du "tout-dire" et de la vérité (dont l'autobiographe fait profession de foi dès L'âge d'homme), renferme en ses replis "du secret". On connaît à présent l'importance de la découverte de Jean Jamin quant au secret de famille de Louise Godon, dite Zette, l'épouse de Michel Leiris. En effet, l'exécuteur testamentaire de l'oeuvre de Leiris découvre dans des documents d'archives après la mort de l'écrivain que Zette est une enfant illégitime. Lucie Godon, sa mère, n'acceptera jamais de révéler l'identité de sa fille qui passera aux yeux de tous pour la cadette des soeurs Godon. Si le secret de Zette n'est révélé nul part dans les écrits leirisiens - l'autobiographe s'employant à désigner les membres de sa belle-famille sous de fausses appellations - Zette est toutefois clairement désignée comme le pôle de toute dissimulation de l'oeuvre de Leiris. Or, plus encore que ce secret relatif aux origines de Zette, l'oeuvre leirisienne recèle, pour nous, un non-dit essentiel ayant trait, celui-là, aux propres origines de l'autobiographe. Il s'agit de son statut d'"enfant de remplacement" (Armel, Porot), statut auquel Leiris fait allusion une seule fois et ce dans une notice inédite de son Journal posthume : "Tout ce que je sais d'avant ma naissance, c'est que ma mère désirait une fille, venant de perdre une enfant dont je n'ai vu que des portraits; elle projetait de l'appeler Micheline". Ce qu'il ne dit pas, c'est cette double position (tout à fait intenable) dont sa mère l'a investi : celle d'être né à la place d'une morte et, aussi, de ne pas être celui (celle) qu'elle désirait. Pourtant, les problématiques centrales de l'oeuvre de Leiris quant à l'obsession de la mort et au trouble identitaire montrent que ce secret "suinte" de toute part. Notre hypothèse est donc la suivante : le secret de Zette, dont Leiris s'approprie pour en faire en quelque sorte le secret de l'oeuvre, servirait ainsi de couverture au secret intime et inavouable de l'auteur, sorte de protection narcissique contre un signifiant demeurant fort clos. En conclusion, nous pouvons affirmer que l'oeuvre leirisienne, par son caractère "cryptique" (Rand, Torok), permet à l'autobiographe de "cacher pour montrer sans dire" (Rosolato) et, ainsi, se libérer du poids du secret. Prisonniers d'un même héritage, Zette et Leiris doivent composer avec le leurre de leur identité. Or, par l'acte de reconnaissance de soi qu'est le récit personnel (Harel), l'écriture constitue sans doute une façon, pour Leiris, de se défaire de cette tunique de Nessus - véritable cadeau empoisonné - dont sa mère, dès avant la naissance, l'a revêtu.
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