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Un retournement épistémologique pour la sémiotique : le temps, l'histoire et le sujet. Quelle nouvelle épistémologie pour la remettre sur pied?

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Ufuk Dogruzöz

Résumé du colloque

Héritées des paradigmes structuralistes et post-structuralistes, les méthodologies sémiotiques des trente dernières années du vingtième siècle se sont très vite confrontées à deux types de "falsification" théorique. La première est constituée par le front ouvert dans le monde francophone par Paul Ricoeur qui attaquait directement le noyau dur (suivant le concept épistémologique de Imre Lakatos) par la fragilisation des principaux constituants des démarches structuralistes; la synchronie, l'achronie et la logicisation. La seconde annonçait plus globalement sur la scène des sciences, le retour de l'empirisme et de l'histoire. La sémiotique de l'école de Paris a vainement essayé du temps de Greimas de résister aux falsifications de Ricoeur. Revigorée par la déstabilisation des épistémologies positivistes, les sciences humaines et dans ce mouvement l'"histoire" ont retrouvé une nouvelle légitimité et une place plus sûre dans le concert des sciences. Cependant et par ailleurs toutes les nouvelles disciplines émergentes ou "révolutionnaires" proposées à partir des années 1960 commençaient à marquer le pas et s'essoufflaient. Les différentes théories sémiotiques qui proposaient un dépassement des disciplines établies, par une reconstruction globalisante, transdisciplinaire ou métadisciplinaire échouaient dans la reconnaissance de leur originalité, se marginalisaient progressivement. En dernier lieu, la demande d'alliance aux autres "nouvelles méthodologies émergentes" comme la systémique et/ou l'école de sciences cognitives d'obédience cognitiviste n'a pas abouti, faute de cohérence épistémologique unifiante. Aujourd'hui pour dire simplement la sémiotique est une discipline marginale. Malgré la persistance de ses velléités à la transdisciplinarité ou à la méta-disciplinarité elle est laissée à la périphérie de la collectivité des "producteurs" de connaissances. La survie et le renouveau de la sémiotique réside dans l'acceptation des défis et des questions lancés par l'évolution des croisements et les nouveaux modes de production de connaissances. Avec le temps qui passe de nouveaux défis s'ajoutent. Le dernier vient justement des sciences cognitives non celles à qui la sémiotique d'obédience structurale a voulu s'adjoindre (par ce qu'elles se voulaient atemporelles, anhistoriques et logiques), mais des sciences cognitives pluridisciplinaires naissantes au sein de vieilles disciplines psychologiques et sociologiques. Si nous évoquons ce thème c'est aussi qu'elle représente le troisième et dernier défi que la sémiotique a voulu ignorer l'existence et qu'aujourd'hui faute de réponse risque de s'écraser sous le poids des problématiques soulevées par ces nouvelles exigences constituées par la pluridisciplinarité d'une part et de la réintroduction du "sujet". Ces exigences sont d'autant plus pesantes qu'elles complètent le paysage planté par les deux dimensions évoquées plus haut, l'histoire et la temporalité. Ainsi la sémiotique du vingt et unième siècle se fera soit en accord avec trois dimensions fondamentales que sont l'histoire - le temps, la culture - la société et le sujet ou ne sera pas. Dans notre communication nous proposerons une discussion d'ordre épistémologique sur les enjeux liés à l'éventuelle articulation de la sémiotique aux autres disciplines et aux conditions d'émergence des méthodologies intégrant ses nouvelles dimensions notamment celle du "sujet", placée au cœur d'une épistémologie de la pluridisciplinarité. En partant de l'exemple des problématiques de la conception de l'espace (architecture, design urbain, etc.) nous proposerons d'étudier dans un premier temps les conditions épistémologiques de l'introduction d'un fil conducteur qui permettra à la connaissance sémiotique de s'insérer dans un collectif de "production" de connaissances pour y apporter une réelle "plus value". Cette perspective pluridisciplinaire nécessitera de la sémiotique un effort d'humilité évacuant la prétention de superviser les autres disciplines, ni de les chapeauter du haut de la métadisciplinarité ni les transcender par la magie transdisciplinaire du "sens", afin de prendre une place non encore acquise et tout simplement "devenir" une discipline spécifique, une démarche de production de connaissance parmi d'autres.

Contexte

host icon Hôte : Université Laval

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