Résumé du colloque
Les élections municipales françaises de mars 2001 ont été marquées par différents phénomènes : une abstention très forte, la fin de systèmes et le rejet d'équipes en place (Paris, Lyon, Strasbourg, Blois, Drancy…), et une crise de vocation des maires. Plus que de commenter ce panorama général, il nous paraît intéressant de nous focaliser sur un cas particulier. La commune d'Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis, proche banlieue parisienne, 47 000 habitants) est une ville historiquement ancrée à gauche, au cœur de la banlieue dite "rouge" et l'un des bastions du parti socialiste (ville du congrès d'Epinay de 1971, congrès fondateur du PS). En mars, la ville a, dans la plus grande surprise, basculé à droite. L'explication la plus couramment donnée est une explication "arithmétique" : la gauche était divisée au 2e tour, avec la présence d'une liste dissidente et alternative dans la lignée des Motivé-e-s Toulousains. D'autres explications politologiques peuvent être avancées : une certaine usure du pouvoir (l'équipe en place avait été élue en 1995, mais dans la continuité au pouvoir depuis 1967), une mauvaise tactique de communication électorale, l'absence de liste d'extrême-droite, habituellement créditée de 15 à 20 % des voix sur la commune… Même si ces explications ne sont pas à écarter, il semble plus intéressant de revenir sur quatre points qui nous paraissent répondre à la question posée lors de ce colloque : 1) une abstention très forte (plus de 51 % des électeurs inscrits) : une analyse des listes d'émargement, complétée par quelques entretiens avec des abstentionnistes et des non-inscrits nous permettra de dessiner le ou les profil(s) des abstentionnistes (âge, sexe, habitat…) et de comprendre leurs motivations. 2) un rejet du Député-Maire sortant, auquel il a surtout été reproché son absence du terrain; la question du cumul des mandats a ainsi occupé une part importante dans le débat électoral; de plus, le maire nouvellement élu a lui pendant sa campagne beaucoup joué sur la proximité et sur sa volonté d'être "maire à temps plein". 3) La question de la participation des habitants s'est de plus vivement posée; en effet, la municipalité sortante, et surtout le parti socialiste, avaient verrouillé les structures de participation, en plaçant leurs militants à la tête des associations, des comités de quartier… ce verrouillage a fonctionné un temps, mais le système s'est bloqué : certains militants associatifs, frustrés d'être systématiquement bloqués dans leurs initiatives, ont mené un travail de fourmi d'infiltration du réseau associatif et ont conduit une cabale contre le maire et son équipe, qualifiés "d'autocratiques". Ce sont ces militants qui ont été à l'initiative de la liste dissidente, et indirectement du basculement de la municipalité. Lors de leur campagne, ils ont mis l'accent sur la démocratie participative et sur des réformes à mener au niveau local (comités de quartier indépendants, mise en place d'un budget participatif…), intercommunal (élection des délégués à la communauté d'agglomération au suffrage universel)… 4) La question classique du clientélisme politique dans le rapport élus/électeurs, mais dans un sens moins courant : celui de la "vengeance" des déçus et des frustrés du clientélisme; de nombreuses voix contre la municipalité sortante ont été le fait de personnes qui n'avaient pas obtenu satisfaction : c'est le cas en particulier d'employés municipaux auxquels le maire avait refusé une prime, et en général d'habitants qui n'avaient pas trouvé réponse satisfaisante à leurs demandes (logement, dérogations…). Epinay, de par les diverses causes qui ont mené à son basculement surprise, nous paraît être un cas particulièrement intéressant dans une réflexion sur la démocratie représentative, et en particulier sur le rapport entre les électeurs et "leurs" élus; plus qu'un simple exemple de basculement d'un camp à un autre, cette commune est un idéal type des contestations et des mutations actuelles de la démocratie représentative. De plus, l'approche d'élections législatives, sur une circonscription certes plus large que la seule commune d'Epinay, mais faisant apparaître les mêmes acteurs et les mêmes risques de conflits, nous permettra de vérifier la justesse de nos hypothèses.
Contexte

Hôte :
Université Laval