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Qu'est-ce qui distingue une œuvre éthique d'une œuvre qui ne le serait pas? À partir de quel moment, de quelle frontière la démarche d'un écrivain qui décrit le monde et l'existence devient-elle responsable ou, à l'inverse, cesse-t-elle de l'être? Qu'est-ce qui fait qu'une représentation du «monde tel qu'il va» participe de ces catégories, mais que telle autre y échappe? Ces questions disent bien sûr la fragilité de concepts aussi mobiles et ouverts que ceux d'«éthique» et de «responsabilité» lorsqu'on les applique à la littérature, mais elles permettent aussi de penser que ni l'éthique ni la responsabilité ne peuvent se réduire …
En même temps qu'il construit des fictions, le roman lutte contre elles, lutte contre les illusions et les mondes chimériques imaginés par ses héros. Par son ironie intrinsèque, le roman, du moins pourrait-on l'imaginer, en viendrait à défaire sa propre matière, à mener au point où, ayant tout mis au jour, tout dévasté, il serait confronté à son propre épuisement. Sans doute les réserves de fictions et d'illusions sont-elles trop infiniment abondantes pour qu'une telle fin s'atteigne. Mais il arrive que le roman, ou plutôt que le romancier, entrevoie cet épuisement, cette ruine de la fiction, et l'explore, au point …
Les écrivains critiques d'art du XIXe siècle ont souvent évoqué, devant les toiles qui leur semblaient les plus réussies, l'idée que la peinture, aux limites de sa performance, atteignait presque la poésie, ou la musique, à tout le moins qu'elle deviendrait poésie ou musique si, de cette limite, elle pouvait aller plus loin. La question de la frontière entre les arts est au cœur de l'esthétique moderne qui en est une du décentrement et des correspondances. Chez les poètes, l'issue la plus souvent entrevue, l'art perçu comme à la fois le plus contigu et le plus «prolongeant» est la musique …
Le récit d'Orient post-romantique (Flaubert, Fromentin, Gautier, Maupassant, Loti) se caractérise, tant dans ses descriptions que dans la structure de ses étapes, par un effet de «déterritorialisation»: effacement de la carte, ruptures d'itinéraires, brouillage des frontières. Cette abolition du territoire suppose une esthétique du paysage mais aussi un usage de l'espace, sur lesquels les voyageurs dessinent l'Orient. Or ce paysage semble reproduire, de façon stylisée, les espaces infiniment remodables de déplacements et de rencontres de l'Occident moderne. L'étude de la géographie des croisements et de la marche, et de la façon dont ceux-ci s'inscrivent dans la mémoire permet de dégager, …