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Céline Tignol : Université catholique de Louvain
Avec cette contribution je propose que nous nous concentrions sur le projet d'une « politique de coalition », permettant d'articuler différentes luttes sociales et mouvements sociaux, tel que présent dans la philosophie sociale et politique de Judith Butler et Chantal Mouffe. Mon objectif est double : 1. clarifier les notions théoriques qui permettent à ces deux auteures d'analyser et penser prospectivement les articulations possibles entre différents mouvements sociaux, et 2. identifier des représentations sociales, des pratiques et des situations qui activent ou au contraire contreviennent à cette politique (tensions féminisme/mouvement LGBT, féminisme/mouvements anti-discrimination, etc). Ma présentation sera organisée à partir de l'orientation commune à Judith Butler et Chantal Mouffe : celle d'un féminisme nonessentialiste, ou d'un « post-féminisme » porté à interroger les mécanismes de constitution des identités d'action des sujets politiques – orientation qui peut se développer au sujet de différents mouvements sociaux. Ce faisant je chercherai à expliciter, à approfondir et à discuter la compréhension et les implications concrètes d'une démocratie en acte, effective et réellement existante telle que nos deux auteures cherchent à la promouvoir.
Les mouvements sociaux ont été et demeurent à l’avant-garde du progrès social. On ne compte plus les manifestations organisées contre les inégalités, les injustices et l’absence de démocratie. Ces manifestations donnent lieu à des mouvements parfois puissants et durables. Plusieurs d’entre eux remettent en cause des rapports de domination, que l’on pense au mouvement des femmes, à la mobilisation LGBT, aux actions antiracistes. D’autres s’articulent à des luttes sociales comme le mouvement ouvrier et syndical, les mouvements étudiants, l’altermondialisation. Actives dans tous ces mouvements, des féministes tentent d’articuler et de décliner toutes les formes d’émancipation.
Il nous semble intéressant de repérer certaines convergences mais aussi les dissonances entre les féminismes et les autres luttes et mouvements sociaux. Le féminisme a-t-il laissé ses marques dans les autres formes de résistances? Le rapport entre le personnel et le politique constitue-t-il un point de convergence avec les luttes des femmes, permettant, par exemple, une personnalisation de l’implication ou une identification avec la cause? Qu’en est-il de la non-différenciation entre la fin et les moyens? De la critique de l’autorité et du pouvoir?
On a historiquement reproché aux groupes de gauche de reproduire la hiérarchie des sexes et des genres et de négliger les préoccupations féministes. Certaines études laissent à penser que cette hiérarchie des luttes existe aussi dans des luttes actuelles (altermondialiste, étudiante) ou du moins elles montrent la difficile prise en charge des analyses féministes par des mouvements et luttes mixtes. À l’occasion de ce colloque, nous aimerions mettre en lumière des éléments d’intégration et de non-intégration.