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Nilda Taskopru : Université Paris Nanterre
Enfant a marqué la 65ème édition du Festival d'Avignon en été 2011. Pour sa création, le chorégraphe est parti du constat qu'un changement de perception sur l'enfance s'est opéré dans notre société : il y a trente ans, le mot enfant faisait référence à la joie de vivre, à l'insouciance (archétype de l'enfant mythique) ; alors qu'aujourd'hui nous pensons plus à la répression autour de l'enfance ; pédophilie, instrumentalisation Ces transformations de résonances retrouvent un écho dans Enfant dont la force symbolique s'affirme par une machinerie qui déplace des corps dansants et par les 26 corps d'enfants portés, traînés, ramassés par 9 adultes.
Ma communication se veut une réflexion sur cette construction symbolique. En me basant sur ma recherche actuelle, j'y tâcherai d'appréhender l'écriture chorégraphique par les questions suivantes : Pourquoi une lecture de la pièce par stricte catégorisation (enfant, adulte, machine) s'annonce réductrice ? En quoi les machines finissent par apparaître comme des corps dansants et les corps enfants et adultes en corps machines? Comment les notions corporelles (porter, toucher, abandon du poids, inertie) établissent des liens entre les trois et renvoient au monde enfantin et à ses sensations ? Ces questions nécessitent une approche par l'œuvre (phénoménologique) secondée par l'analyse du mouvement dansé et la lecture critique du discours du chorégraphe pour relever le regard poétique sur l'enfance de cette pièce contemporaine.
Concept dynamique, l’enfance est souvent pensée et repensée du point de vue des adultes au point qu’elle apparaît comme une invention, une construction. Dans l’espace et dans le temps, les conceptions de l’enfance se sont sans cesse renouvelées. Aussi l’histoire de l’enfance peut-elle se décliner en termes d’histoire culturelle. Abordée dans des cadres tels que la sociologie, l’anthropologie et l’éducation, l’enfance fait également l’objet de réflexions poétiques et philosophiques, par exemple, au siècle des Lumières chez des auteurs comme Herder, Novalis, Jean Paul et Tieck. À ce sujet, on peut se référer à l’ouvrage fondamental (paru en allemand, 1989) de Hans-Heino Ewers L’enfance comme forme d’existence poétique. Études relatives à l’émergence de l’utopie romantique autour de l’enfance au 18e siècle. Dans la même perspective, il est à noter que la littérature de jeunesse en Europe peut être comprise comme étant le produit de ces constructions poétiques et philosophiques de l’enfance au siècle des Lumières et du romantisme (Emer O’Sullivan, 2000).
Le contexte contemporain est marqué par de nouvelles représentations de l’enfance. Le statut de l’enfant a radicalement changé. Disposant désormais de divers droits qui le protègent et lui assurent une certaine autonomie, l’enfant devient ainsi un sujet, un acteur dans la vie sociale.
Le colloque se propose d’examiner les enjeux poétiques et esthétiques qu’implique le nouveau statut de l’enfant dans la littérature contemporaine (jeunesse et générale) d’expression française. Les œuvres vont-elles au-delà de la réalité de l’enfance, pour en proposer par exemple une nouvelle utopie ? Il s’agira d’appréhender les stratégies d’écriture mises en œuvre pour construire une poétique de l’enfance. On pourra étendre la réflexion au cinéma. Ce dernier porte-t-il un regard poétique sur l’enfance ?
Axes possibles : l’imaginaire enfantin, réflexions d’ordre théorique et philosophique, l’enfance heureuse, l’enfance comme utopie
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