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Myriam Suchet : École normale supérieure de Lyon
La mondialisation, omniprésente, est pourtant indéfinissable. Nos sémantiques semblent inaptes à rendre compte « des mobilisations interfrontalières et des identités postnationales » (Appadurai, Après le colonialisme, trad. Françoise Bouillot, 2005). Forger les termes permettant de penser-mondialisé est sans doute l'une des responsabilités les plus pressantes des comparatistes.
La littérature comparée n'a pas toujours échappé à la tentation de réduire l'autre au même. Heureusement, l'épistémologie comparatiste a changé, notamment dans la mouvance postcoloniale. Tout en prenant acte de ces apports, nous ferons une critique des notions d'« hybridité » et d'« incommensurabilité » pour étayer notre proposition d'un comparatisme différentiel. La traduction en est la pierre de touche, à condition de ne pas l'employer comme métaphore et de garder vive sa force de subversion. À nos yeux, traduire consiste moins à passer d'une langue (source) à une autre (cible) qu'à parler en tant qu'autre jusqu'à déstabiliser les frontières les plus « naturelles ».
Nous travaillerons à partir de La Québécoite de Régine Robin et de sa version traduite, The Wanderer de Phyllis Aronoff, dans un rapport de complémentarité et non de substitution. L'analyse de l'ethos hétérolingue invite à tirer des conséquences littéraires, éthiques et politiques. C'est ce que je ferai pour ne pas conclure, en rappelant d'où je parle et comment mon travail m'engage à faire retour sur ma posture de comparatiste.
Quel est l’impact des nouveaux médias sur l’étude de la littérature ? Qu’advient-il des processus artistiques et des translations culturelles dans une économie du savoir mondialisée ? Que veut-dire être comparatiste à Montréal aujourd’hui ? C’est à ces questions que nous tenterons de répondre par le biais du colloque Mondialisme et littérature. Nous vivons dans un monde culturel de plus en plus complexe – en témoigne le récent mouvement Occupy Wall Street. Nous sommes d’avis que l’étude des relations entre mondialité et littérature est très importante pour trouver des passerelles qui ne réduisent pas le mondialisme à la sphère de l’économie de marché, ou le monde à une économie de transactions identitaires. Or, de Paris à New York, la littérature comparée, discipline pluricentenaire, renouvelle son objet d’étude. À l’occasion du colloque Mondialisme et littérature, nous convions les chercheurs en études littéraires, en arts et en sciences humaines à une réflexion visant à démocratiser le comparatisme, à cerner son caractère iconoclaste, ses impasses, de même que ses nouvelles modalités. On pourra d’emblée chercher à définir ce que signifie l’acte de comparer aujourd'hui alors que dominent les discours sur l’hybridité et le métissage. On se demandera par ailleurs si certains éléments de la littérature québécoise, qui s’énonce dans un contexte de pluralité linguistique, gagneraient à être étudiés au moyen du comparatisme. On discutera des nouveaux visages de la littérature comparée (Amérindiens, arabophones, Asiatiques, etc.) qui doivent être pris en compte dans le cadre d’une étude des phénomènes d’interculturalité contemporains. On explorera enfin de quelle manière les nouvelles technologies et problématiques intermédiales travaillent la littérature comparée. Dans le cadre du colloque Mondialisme et littérature, il s’agira en somme d’envisager Montréal comme le site culturel d’une nouvelle pensée comparatiste.
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