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Anne Doran : Institut de pastorale des Dominicains
Pour les Innus et plus généralement les autochtones, l'humain est inclus dans le monde. Il n'est pas supérieur aux autres groupes d'êtres, mais appartient au même univers qu'ils constituent tous ensemble. Il reçoit la vie du monde, monde qui se donne à lui sous forme de la nourriture, de l'abri, des vêtements qu'il lui procure et qui lui permettent de poursuivre cette vie qu'il a reçue comme un don. La survie du monde tient aux dons qui se font entre les différents groupes d'êtres. C'est en cela que la chasse est si importante et constitue une activité sainte parce que pleinement en accord avec l'ordre du monde qui s'appuie sur une assise spirituelle. Le rapport au territoire se comprend dans ce contexte : il procure à l'humain la vie par la nourriture, le vêtement et l'abri. En retour, l'humain entretient le territoire dont il est responsable. Sa vie est donc éminemment liée au territoire. Les rêves qui amènent le chasseur au gibier qu'il prendra lui sont liés de façon très précise : devant tel arbre de la forêt, sur tel lac. L'Innu faisait des périples incroyables qui pouvaient le mener à chaque année de la Basse Côte Nord jusqu'au Labrador. Cela impliquait qu'il connaisse parfaitement le territoire, lieu qui lui donnait la vie et avec lequel il entretenait des liens spirituels et affectifs. Ce fondement territorial de la conception innue du monde doit être pris en compte dans les négociations territoriales avec les autochtones.
Le présent colloque vise à mettre en valeur le développement nordique de l’intérieur, c’est-à-dire du point de vue des populations autochtones qui y vivent depuis des millénaires, qu’elles soient inuit, crie, naskapie, innue, anishnabe ou atikamekw; s’ajoute également la population autochtone des milieux urbains régionaux localisée dans le moyen nord québécois. Dans les débats qui ont mobilisé des milliers de personnes autour du fameux Plan Nord du gouvernement québécois depuis les trois dernières années, très peu de place a été laissée jusqu’à maintenant aux approches du développement proposées par les peuples autochtones eux-mêmes, à leurs propres visions du progrès, de l’économie, de l’environnement et de la vie sociale. L’exercice vise à examiner de manière un peu plus ciblée les expériences, les savoirs, les expertises et les aspirations des Peuples autochtones des régions nordiques de la province en matière de développement : comment ce développement est-il envisagé par les jeunes, les femmes, les aînés, les hommes? Quelles postures ont adopté les instances politiques au regard des nouveaux enjeux? Quelles avenues alternatives, le cas échéant, ont été proposées? Ce colloque permettra également de faire le bilan des dernières décennies en matière d’exploitation des ressources renouvelables et non-renouvelables, toujours du point de vue des premiers concernés. En effet, le territoire nordique a été abondamment exploité et transformé depuis les années 1970. Des traités ont été signés avec les Peuples autochtones, des milliers de kilomètres de route ont été tracées, de nouvelles frontières territoriales ont été délimitées. Pourtant, les discours récents autour du Plan Nord en ont rarement fait état. Le territoire nordique demeure un monde méconnu et mal connu. En réunissant des acteurs du monde académique et du monde autochtone, ce colloque sera l’occasion d’élargir le débat et d’explorer de nouvelles avenues de recherche.
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