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François-Xavier Lavenne : Université catholique de Louvain
La question des liens et des différences entre les pamphlets et les romans de Céline n'a cessé d'agiter la critique. L'analyse du rapport au temps et de l'intentionnalité qui sous-tend ces textes est de nature à éclairer leurs spécificités. L'émergence d'une parole centrée sur le présent, saturée par l'actualité et animée par le désir d'agir sur le réel impose en effet une transformation radicale de la posture d'énonciation et de la relation au lecteur dans les pamphlets.
Le discours pamphlétaire requiert une image du discours et de son énonciateur de nature à en assurer la performativité et à en justifier la violence. Chaque pamphlet dispose ainsi d'un dispositif qui met en scène l'origine de l'engagement paroxystique de Céline et qui en rejette la responsabilité sur l'agression de l'autre. En outre, le pamphlet semble exiger la réintroduction d'une posture d'héroïsation, celle de la petite mangouste qui se bat contre le serpent judéo-bolchévique.
La réponse de Céline, face à ce qu'il présente comme un danger de mort imminent, est articulée sur une double volonté : couper et réunir. De cette intentionnalité découle un dédoublement de l'allocutaire. D'une part, le pamphlétaire s'adresse au « vous » des ennemis : son but n'est pas de les convaincre, mais, par l'outrance de ses attaques, de les obliger à se démasquer. D'autre part, le « je » du pamphlétaire est en quête d'un « nous » qu'il désire réunir par sa plume.
L.-F. Céline, l'un des plus grands romanciers du vingtième siècle, a également été, dans les trois pamphlets d’une rare violence verbale qu'il a publiés et réédités entre 1937 et 1943, mais aussi dans un nombre important de lettres envoyées aux journaux de l'époque, un apôtre zélé de l'antisémitisme. Il serait certes tentant de résoudre ce paradoxe en décrétant que l’odieux pamphlétaire antisémite a été, au mieux, une curiosité littéraire, au pire, un romancier médiocre. Ou encore que les pamphlets du romancier génial ne furent qu'une marotte littéraire, qu'une « bagatelle » sans conséquence. Les textes sont cependant là, et tous ceux qui ont voulu « relativiser » l'importance des romans ou l'horreur des pamphlets ont échoué. Bien que, depuis les années 70, la critique célinienne (avec les travaux de P. Muray et J. Kristeva) a repensé l'étanchéité de la frontière entre les corpus romanesques et pamphlétaires et que, grâce à la publication de l'étude importante de R. Tettamanzi dans les années 90 (Esthétique de l'outrance), les pamphlets ont pu finalement être considérés comme des « objets d'étude scientifiques », c'est la levée de l'interdit éditorial qui seule pourra permettre une véritable relance de la recherche universitaire sur l'œuvre bipolaire de cet écrivain. Mettant fin à la longue éclipse de l'espace public des pamphlets, leur récente publication aux Éditions 8, dans une édition critique de R. Tettamanzi, constitue ainsi un jalon important dans la réception de l'œuvre de Céline. Notre colloque cherche à réunir des chercheuses et des chercheurs afin de s'interroger sur cette publication. Quels en sont les bénéfices et les risques? De façon plus large, le colloque se voudrait l'occasion de faire un bilan des connaissances acquises par la critique sur les pamphlets et de proposer des réflexions nouvelles sur ceux-ci et sur la place qu'ils occupent dans l'œuvre de Céline.
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