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Nicolas Audureau : Université Rennes 2
La période dite du Dégel qui s'ouvre en URSS peu de temps après la mort de Staline en 1953 voit se développer une scène artistique non-officielle au sein de laquelle se succéderont des artistes qui, à partir du milieu des années 1970, seront associés au mouvement du Conceptualisme moscovite. Tolérés par les autorités mais néanmoins publiquement absents, coupés des expositions officielles et des organes culturels contrôlés par l'État, officiellement inexistants, privés d'outils de recherche et niés dans leur langage et leur mode d'expression, les artistes du Conceptualisme moscovite vont (se) poser la question d'un art sans outils, de sa capacité à générer un discours contemporain, et des rôles de l'écrit et de l'archive dans une projection – consciente ou inconsciente – tendue vers un avenir qui saura les réceptionner, les lire.
Les Archives MANI (Archives moscovites de l'art nouveau) initiées par Andrey Monastyrski à partir de 1980, et qui se poursuivront jusqu'en 1986, inaugurent des séries de productions et d'échanges épistolaires qui auront pour unique public leurs producteurs et pour vocations premières la constitution d'archives auto-référentielles, tournées sur elles-mêmes, et le catalogage confidentiel (car illicite) des formes d'un art nouveau.
On assiste depuis une vingtaine d’années à un éclatement de la notion d’archives, sur le plan de sa définition, de ses pratiques, de ses supports : l’arrivée des technologies numériques, l’absorption sous la notion de patrimoine de domaines de plus en plus vastes et larges, une attention marquée pour les formes sensibles de l’inscription et de l’enregistrement du passé, entraînent une nouvelle compréhension, critique, théorique, esthétique et sociale des archives. Il n’est donc pas étonnant que la réflexion sur les archives suscite un engouement marqué dans bon nombre de disciplines, bien au-delà du seul champ de l’archivistique et de l’histoire — alors qu’en même temps ces dernières subissent de très importants bouleversements dans leur manière de penser les archives et les nouveaux défis qu’elles posent. Des études cinématographiques à la philosophie, de la littérature aux communications, de l’anthropologie à l’histoire de l’art, de la psychanalyse à la théologie, et bien d’autres, toutes les branches des sciences humaines et sociales, de diverses manières et pour diverses raisons, se trouvent interpellées par la question de l’archive. Ce colloque a pour but de témoigner de cette pluralité des appréhensions et des compréhensions de l’archive, dans une perspective intermédiale.
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