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Vincent Darveau-St-Pierre : Université de Montréal
L'entreprise apologétique de la religion chrétienne telle qu'elle nous est parvenue de manière posthume sous le titre des Pensées de Blaise Pascal (1623-1662) est traversée par l'idée cartésienne selon laquelle le corps vivant est un automate. « Nous sommes automates autant qu'esprit » (Pensées, Br.252). En effet, Pascal voit en cette qualité de « Machine » une disposition à une conversion religieuse à la portée des forces humaines, c'est-à-dire indépendante de la grâce. Il en est que si la foi est un don exclusif de la grâce, et ce pour toute la tradition augustinienne à laquelle Pascal appartient, il n'en demeure pas moins que la croyance religieuse est une affaire d'habitude. Les preuves de l'existence de Dieu de la théologie rationnelle seraient inutiles pour convaincre l'incroyant de croire. En contrepartie, la croyance religieuse pourrait s'acquérir par la répétition des gestes liés au culte, par l'audition et la vision répétée des messes, de la prononciation des prières, etc. C'est que Pascal est convaincu que les habitudes corporelles peuvent faire fléchir l'esprit sans l'intermédiaire du raisonnement, par un processus d'automatisme psycho-physiologique. La présentation sur la réappropriation de l'automatisme cartésien par Pascal pourra s'ouvrir sur une discussion sur ce qui pourrait être qualifié, ou d'étranger, ou d'inhérent au mécanisme de Descartes.
L’amorce de toute philosophie semble être l’expression d’un état de crise. De la crise de la démocratie athénienne sans cesse ressassée par Platon à celle des sciences européennes théorisée par Husserl, de la crise qui ébranle l’autorité des Anciens au moment où la modernité prend un certain essor à la crise de cette modernité même qui s’exprime chez ceux qui proclament l’imminence de son dépassement, chaque fois il semble que l’urgence de philosopher soit l’effet d’une crise qu’on s’efforce de penser et à laquelle il faut réagir.
Tantôt c’est la philosophie elle-même qui se sent en crise et qui cherche à définir les conditions de légitimité de sa pratique – par exemple sous la forme de la critique kantienne; tantôt la philosophie met le monde qui l’entoure en crise parce qu’elle trouve qu’il ne s’interroge pas assez sur son ordre établi – comme dans l’annonce nietzschéenne de la mort de Dieu; tantôt enfin la philosophie s’offre comme réponse à une crise qui sème l’insécurité − on peut alors penser à la philosophie hobbesienne face à la guerre civile qui sévit en Angleterre. La crise, qu’elle soit à l’échelle individuelle, sociale ou qu’elle affecte l’être en son entier, commande l’urgence de philosopher.
Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles. De quelle crise le besoin exprimé par la société civile pour l’éthique est-il le symptôme? De quels types de crise la philosophie peut-elle être victime? Quels réconforts ou solutions peut-elle offrir lorsque le monde est en crise? Comment peut-elle accompagner les autres disciplines dans les soubresauts de légitimité qu’elles subissent? Les crises n’ont-elles que des aspects négatifs? Comment penser leur utilité? On le voit, ce thème peut être déployé de manière à interpeller tous les champs de la philosophie telle qu’elle se pratique aujourd’hui.