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Ariane Régnier : Université de Sherbrooke
Si Dans les ombres remet en question l'image de la femme promue par les normes éducatives de la société des années trente au Québec et mine une pierre d'assise de l'idéologie traditionnelle en présentant une femme en proie au désir sexuel ; Si l'un des principaux vecteurs de modernité au Québec fut un mouvement vers une sortie de la religion catholique caractérisé par une crise l'esprit ; Si la notion de référentialité questionne le lien entre le texte et le réel et démontre l'importance de percevoir un espace hétérogène ;Si le mythe, de par son caractère réel et sacré, sert de modèle et de justification à tous les actes humains :Alors comment le lieu inventé du paradis perdu vient-il confirmer ou infirmer l'émancipation féminine dans le roman d'Éva Senécal?
Pour répondre à cette question, le mythe biblique du paradis et la genèse d'Adam et Ève seront analysés dans leur représentation, soit la forêt des Cantons-de-l'Est, les États-Unis ainsi que le couple que forment Camille et son amant, Richard. Nous nous intéresserons à la dimension subversive de ces lieux et personnages, à leur degré de référentialité et à leur caractère de mythes consolateurs.
À l’ère du spatial turn, où sont convoquées les notions d’espace, de lieu et de territoire, on peut s’étonner que la représentation des lieux mythiques ne fasse pas l’objet de recherches soutenues. On sait déjà, à la lumière des travaux de Roland Barthes, qu’on peut lier le mythe à toute parole, car, pour lui, il s’agit d’un « système de communication » (1982). À titre de récits destinés à définir des pratiques d’inclusion au sein d’une communauté donnée, les mythes contribueraient à son organisation. De fait, « [l]e mythe se caractérise par sa forme […], par son fondement […], par son rôle (expliquer le monde) » (Carlier & Griton-Rotterdam, 1994). Selon Mircea Eliade, le mythe devient ainsi exemplaire : il sert à la fois de modèle et de justification à tous les actes humains (1957). Quant à Julia Kristeva, elle précise qu’un mythe se découvre à travers un réseau de relations intertextuelles : « Le texte littéraire s’insère dans l’ensemble des textes : il est une écriture-réplique (fonction ou négation) d’un autre (des autres) texte(s) » (1978). On connaît également les avancées de la géocritique, soit l’étude de la représentation d’un lieu dans une perspective plurifocale (Westphal, 2007) et de la géosymbolique, c'est-à-dire l’étude de l’investissement symbolique dont font l’objet certains lieux référentiels (Bédard, 2002), révélant les liens synecdochiques unissant le lieu à l’humain qui l’habite ou le traverse. Or qu’en est-il des lieux inventés, mythiques ou utopiques dans nos sociétés postmodernes? Leurs représentations remplissent-elles toujours un rôle structurant et fédérateur? Existe-t-il quelque chose comme une utopie propre au Québec, territoire jadis conquis et en voie de réappropriation symbolique par une plus grande ouverture sur le monde? C’est ce que le colloque « Territoires imaginaires » propose d’explorer par l’étude d’œuvres littéraires québécoises réifiant ou déconstruisant des lieux mythiques, ou inventant de nouveaux lieux, de nouvelles utopies.
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