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Simon Brien : UQAM - Université du Québec à Montréal
Pour rendre compte du raisonnement humain, la théorie de la logique mentale (voir, par exemple, Braine 1978) présume que nous possédons un ensemble inné de lois logiques dans notre bagage mental. Ainsi, les raisonnements qui mettent en œuvre ces lois seraient faits correctement par la plupart d'entre nous. Par contre, cette théorie prévoit que le novice peut facilement faire des sophismes, soit parce que le raisonnement doit appliquer une loi qui n'appartient pas à ce bagage, ou soit parce que le raisonneur ne reconnaît pas dans un raisonnement un cas particulier d'application d'une des lois de ce bagage. Cette théorie sera d'abord présentée, puis critiquée. Dans cette critique, on insistera sur le caractère trop syntaxique et trop computationnel de cette théorie qui se veut algorithmique et sur le fait que l'appui qu'elle tente d'aller chercher dans la théorie de la déduction naturelle est relativement incompatible avec les fondements de la déduction naturelle et avec la manière dont ses règles sont pensées.
L’expérience trouve son origine dans la connaissance sensible. Elle est particulière à chacun, et pourtant elle conduit à la connaissance scientifique universelle. Sans le secours du langage, elle reste inaccessible, mais le langage lui-même semble provenir d’elle. Données à jamais privées ou clef de voute de toute connaissance possible, la question de l’expérience est au centre d’une multitude de théories philosophiques fondamentales.
Toute personne ayant acquis un niveau d’expérience pertinente reconnu est considérée comme un expert, mais à quoi tient l’expertise? Qui sont les experts et qu’implique la détermination de leur statut épistémologique? Selon quel critère la communauté fait-elle d’un individu un expert? Quels droits et privilèges exerce-t-il dans une société démocratique? La question de l’expertise, bien qu’au centre du domaine de l’épistémologie, peut être abordée tant par le féminisme, par la philosophie des sciences, que par la philosophie politique.
Quant à l’expérimentation, elle désigne une expérience d’un type particulier : une expérience que l’on contrôle et réalise afin de « régler » certaines questions. L’expérimentation est une méthode puissante pour guider la connaissance et l’action. Toutefois, le lien qu’elle entretient avec la théorie dont elle découle est complexe. Les inférences sous-jacentes sont-elles toujours légitimes et suffisantes? De plus, les conditions des expérimentations soulèvent de graves questions éthiques. Qu’elles impliquent des sujets humains ou animaux, les expérimentations pharmaceutiques, par exemple, réduisent ces êtres à des outils scientifiques et peuvent dépasser une barrière éthique sous le couvert d’objectifs médicaux touchant une plus grande masse.
Le thème que représente la combinaison des concepts d’expérience, d’expertise et d’expérimentation que propose la Société de philosophie du Québec pour son congrès 2015 peut être déployé de manière multiple et propre à interpeller tous les champs de la philosophie.