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Marion Blondel : Centre national de la recherche scientifique
La poésie est un registre privilégié pour mettre en lumière les ressources de chaque langue, leur potentiel pour jouer avec les règles (Klima & Bellugi, 1976). Mettre en regard la création originale en langue des signes ou en français et la re-création mise à l'œuvre dans la traduction nous permet de décupler les points de vue et de décomposer les procédés linguistiques engagés. Nous appuyant sur une lecture interprétée, ainsi que sur l'ensemble des travaux d'Arts Résonances, et de Des'L, nous présenterons la démarche des interprètes qui consiste à traduire ‘ce que le poème fait' plutôt que ce qu'il dit (Meschonnic, 1995). Nous examinerons le lien indéfectible entre forme et sens qui sous-tend la recherche en création comme en traduction, dans les choix lexicaux, syntaxiques ou prosodiques. Nous verrons comment les auteurs interprètes jalonnent leur production d'allitérations, de parallélismes syntaxiques, de motifs rythmiques et spatio-mélodiques privilégiant l'équilibre et la symétrie. Cette régularité permet de dessiner des contrastes formels et sémantiques qui mettent en valeur les séquences ainsi soulignées. La capture de mouvement permet d'objectiver certaines de ces effets perçus à l'œil nu. Les frontières sont heureusement friables entre langues, genres, communautés et la poésie se nourrit de cette circulation incessante entre arts, modalités, académisme et innovation, et dans la multiplicité des cultures (Chateauvert, 2014).
Le mouvement social sourd a mobilisé une affirmation positive née de la conviction que les personnes sourdes expérimentent le monde différemment des personnes entendantes (Padden & Humphries, 1988). En réponse à une vision médicale situant la perte auditive comme une déficience, il met de l’avant une appartenance socioculturelle ayant comme pivot l’identité sourde et les langues des signes (Bauman & Murray, 2014).
L’objectif de ce colloque est d’offrir aux chercheurs et étudiants évoluant dans un cadre lié aux études sourdes francophones une plateforme d’échange sur leurs intérêts de recherche en regard de leurs différentes méthodologies, approches et postures épistémologiques. La majorité des travaux en études sourdes étant actuellement publiés en anglais, et concernant principalement les réalités états-uniennes et britanniques (Foster, 2007), nous proposons une mise en commun des savoirs et des enjeux propres aux pays et communautés francophones, que ce soit au Québec, en France ou ailleurs.
C’est dans une perspective d’échange que nous rassemblons des chercheurs et des étudiants de divers domaines (anthropologie, communication, ergothérapie, études urbaines, éducation, linguistique, psychologie, sociologie, etc.), d’universités québécoises, françaises, canadiennes, américaine et britannique, pour construire un dialogue sur les thématiques de recherche et les enjeux émergents actuels, dont :
– la promotion des droits des sourds et l’accès aux services;
– l’intégration et l’inclusion en milieux scolaire et professionnel;
– les types d’expressions linguistiques en langue des signes;
– l’enseignement et la structure de la langue des signes;
– l’art et la création en langue des signes;
– les appartenances et les expériences sourdes.
Les 29 présentations retenues par arbitrage par les pairs seront regroupées pour ce colloque en sept séances, dont six tables rondes et une session d’affiches. Une dernière table ronde sera proposée à la fin du colloque par les chercheurs sourds du colloque afin de débattre des enjeux liés à la participation sociale des chercheurs sourds, une fois les études terminées.
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