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Joana Godran : Université de Montréal
Dans Manman Dlo contre la fée Carabosse (1982), Patrick Chamoiseau aborde l'histoire de la colonisation et de l'esclavage à travers le thème du merveilleux. Les personnages principaux de cette pièce, Manman Dlo et la fée Carabosse, appartiennent tous deux à l'imaginaire du sujet colonisé. La représentation de la colonisation, le processus de domination s'y effectuent par l'imaginaire. En effet, l'imaginaire occidental (du colon) pour le sujet colonisé est plus abordable et accessible que l'imaginaire du merveilleux populaire (de ses ancêtres). Ainsi, dans ce théâtre conté, on assiste à une lutte entre l'imaginaire occidental et l'imaginaire antillais, via quelques-uns de ses éminents représentants. Patrick Chamoiseau pratique dans cette pièce une « esthétique de la totalité » pour faire de la scène théâtrale le reflet de la diversité et de la complexité de la « totalité monde »[1]. Il a eu l'ambition de défendre sa culture autrement dit c'est une façon pour lui de résister face à la domination d'une autre culture en mettant en place « un nouveau merveilleux [qui] serait un merveilleux riche de toutes les merveilles ». Nous souhaitons analyser plusieurs aspects au cœur de cette œuvre: la réflexivité (Lash), la mécanique de l'identité culturelle, la question identitaire, la quête de soi, la question de l'Autre, les représentations sociales, les imaginaires socio-discursifs liés à l'espace, les « traces » (E. Glissant), le communautarisme et le métissage.
Ce colloque invite les chercheurs de tous bords à une réflexion sur les représentations de la colonisation dans les littératures francophones contemporaines. Les angles de réflexion suivront — sans obligatoirement s’y limiter — les questionnements suivants : Comment les littératures francophones contemporaines représentent-elles la colonisation? L’investissent-elles de nouveaux contenus? Lui fixent-elles de nouveaux enjeux? Déploient-elles de nouvelles techniques d’écriture? Quelles nouvelles utopies, quels nouveaux projets de société proposent-elles et à quelles fins? À quelle nouvelle épistémè le champ littéraire francophone contemporain, en gardant ouverte la page de l’histoire coloniale, ouvre-t-elle? Quel(s) autre(s) savoir(s) sur le phénomène colonial — et ses divers épiphénomènes — cette épistémè recèle-t-elle? À quelle nouvelle (méta)critique du fait colonial les textes littéraires s’emploient-ils? Comment inscrivent-ils, dans leur déploiement narratif et énonciatif, la mémoire coloniale?
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