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Nour Atallah : Université d'Ottawa
La colonisation du Canada a largement affecté l'alimentation des peuples autochtones, mettant en danger leur santé physique, mentale et spirituelle. En commençant par la dépossession des terres jusqu'aux pensionnats, les régimes alimentaires des Autochtones ont été attaqués de plusieurs façons et progressivement remplacés par des sources alimentaires étrangères, beaucoup moins saines que la nourriture traditionnelle. Depuis, des problèmes de santé, directement liés à l'alimentation, tels que l'obésité, le diabète et les maladies cardiovasculaires, sont répandus dans les communautés autochtones. Dans les dernières années, il y a un mouvement auprès des peuples autochtones qui vise à réparer les dommages causés par des siècles de colonisation et de génocide. Dans la communauté algonquine de Lac Simon au Québec, il y a un effort depuis environ 15 ans pour promouvoir les saines habitudes de vies, dont les choix alimentaires, à travers la création d'un poste de nutritionniste ainsi que des initiatives telles que la cuisine collective, la cuisine traditionnelle, le service de traiteur géré par les élèves de l'école secondaire, entre autres. Ma présentation utilisera la littérature ainsi que ma recherche de terrain pour montrer comment la communauté du Lac Simon est en train de décoloniser son alimentation. J'analyserai aussi le rôle joué, ou qui devrait être joué, par le gouvernement pour solidifier la relation de collaboration sans laquelle la réconciliation est inatteignable.
En 2016, vingt années se seront écoulées depuis le dépôt du rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones (CRPA). Après cinq ans de travaux, de consultations publiques et d’études spécialisées sur la situation des peuples autochtones, la Commission mit au jour un tableau préoccupant de la réalité socioéconomique consternante et des graves malaises psychosociaux qui affligeaient ces peuples de manière quasi généralisée. Devant ce tableau qui, inévitablement, fit mal paraître la société canadienne, le gouvernement promit de mettre en branle diverses mesures conçues pour modifier la donne et poser les bases d’une nouvelle relation, plus juste et plus équitable, entre les peuples autochtones et la société allochtone. Qu’en est-il vingt ans plus tard? La relation entre les peuples autochtones et la société canadienne est-elle meilleure aujourd’hui qu’elle ne l’était dans la foulée de la crise d’Oka? Quel bilan faut-il faire de la situation sociale, économique et politique des peuples autochtones aujourd’hui? Quel bilan également faut-il faire des politiques étatiques qui leur sont destinées? La perception qu’ont des peuples autochtones la société et l’État canadiens a-t-elle évolué? Les constats de la CRPA ont-ils permis aux peuples autochtones de mieux asseoir et de faire avancer leurs revendications? Alors que les questions de politique publique liées aux peuples autochtones mobilisent de plus en plus l’attention des autorités politiques et du public canadiens (violence faite aux femmes autochtones, autonomie gouvernementale, développement économique nordique, Idle No More, etc.), il convient de poser un regard franc et sans complaisance sur ce qui est advenu des bonnes intentions et des promesses de changement faites par la société et l’État canadiens dans la foulée de la CRPA. Dans cette perspective, le colloque se veut également une réflexion sur la nature des rapports contemporains entre majorité et minorités au sein des démocraties libérales telles que le Canada.