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Clément Courteau : Université McGill
En 2013, le Spot Viau a été le théâtre du suicide de Nico, jeune anarchiste montréalais. Après avoir terminé la création de Cher Charles, sa bédé-testament sur le G20 de Toronto en 2010, il s'est donné la mort dans ce lieu emblématique de la quête politique et existentielle qu'il a poursuivie durant les dernières années de sa vie. Cet événement tragique pose la question des liens entre ce que nous appellerons l'anarchisme de la désolation – qui désigne la noirceur générale du militantisme montréalais actuel – et les nouvelles théories en vogue dans ces milieux, notamment celles soutenues par le Comité Invisible, qui met de l'avant une résistance au système naissant entre ses failles, dans ses blancs, dans ses lieux inoccupés. Lieu emblématique de la dystopie, le terrain vague est aussi, aujourd'hui, l'espace de liberté à partir duquel les anarchistes peuvent penser leur opposition au système. Sur les traces de Nico, nous proposons de documenter en vidéo un pèlerinage au Spot Viau afin de réfléchir l'anarchisme de la désolation et ses implications pour l'opposition révolutionnaire au capitalisme.
Ce colloque interdisciplinaire en recherche-création propose de rassembler chercheurs et créateurs en littérature et en arts pour réfléchir à ce que représente le terrain vague dans l’imaginaire contemporain. Espace interlope à la mémoire souvent stratifiée, le terrain vague peut être vu comme un espace-temps transitoire vers une réinvention et une réappropriation. Également symbole d’une vacance, ce waste land ou no man's land peut aussi avoir une fonction salvatrice, à la fois jachère nécessaire et lieu de réappropriation du pouvoir citoyen. Il peut en ce sens susciter des intérêts politiques ou financiers : les promoteurs voient en lui un potentiel à développer, ce qui explique peut-être sa raréfaction au sein des villes. Ces rapports de pouvoir ne sont pourtant pas le seul avenir envisageable : cet espace liminaire, source de liberté et d’inventivité, demande à être déchiffré symboliquement autant qu’à être défriché matériellement; son caractère marginal fait de lui une matrice à nouvelles idées et nouveaux regards sur le monde. À cet égard, il peut offrir l’image de la disposition mentale que nécessitent tant la recherche que la création. Il peut alors conserver son statut de terrain vague et indéfini de façon plus pérenne, être valorisé comme tel et se laisser apprivoiser et réinventer par des actions communautaires ou esthétiques.
Quelques pistes de réflexion (non exhaustives) : où (sur le plan autant spatial que métaphorique) se situe le terrain vague? Comment s’intègre-t-il (ou non) dans un périmètre plus large? À quelles figures donne-t-il naissance? Par qui et comment est-il investi, dans les faits et dans l’imaginaire? Quels enjeux éthiques ou esthétiques pose-t-il? Quels rapports de force ou quelles relations se nouent autour du terrain vague? Quels genres de poétiques engendre-t-il? Quels genres littéraires ou langages esthétiques l’investissent? Comment explorer les strates mémorielles et les processus de sédimentation de ce genre d’espace?
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