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Félix Deslauriers : UQAM - Université du Québec à Montréal
Domaine privilégié des marxistes, l’analyse de classes est aujourd’hui mobilisée là où on ne s’y attend pas : au sein de discours qualifiés de « nationalistes conservateurs ». Ces derniers s’inquiètent d’un phénomène de fragmentation de la société québécoise sous l’effet du pluralisme identitaire, qui ébranlerait toute représentation unitaire de la communauté nationale. Sur cette base, la légitimité des revendications des mouvements féministes ou antiracistes y est remise en cause. Du même souffle, bon nombre de ces discours mettent en forme un clivage opposant les « classes populaires » et les « élites ». Comment ces deux éléments apparemment contradictoires sont-ils réconciliés dans les discours « nationalistes conservateurs »? Comment l’exposition d’une division fondamentale de la société en deux groupes aux intérêts antagoniques peut-elle cohabiter avec une vision de la nation comme entité cohérente et unifiée ? Cette communication s’intéresse à ces questions à partir d’un corpus de textes parus dans les revues Argument et L’Action nationale entre 2006 et 2016. Il s’agira d’examiner la conceptualisation les classes en tant que groupes sociaux. L’analyse est menée à partir d’un cadre théorique issu de la sociologie matérialiste des rapports sociaux, qui met l’accent sur les processus historiques qui génèrent les groupes sexuels, les groupes ethniques et les classes. La communication portera sur la conceptualisation des classes sociales comme enjeu de luttes.
Il est difficile de faire de la recherche en sciences sociales sans se référer au concept de groupe. Plusieurs études récentes visent précisément à démontrer que des changements au niveau de la groupalité ont des répercussions au niveau individuel. La question se pose de savoir quelles précautions doit prendre le chercheur ou la chercheuse en science sociale lorsqu’il ou elle veut généraliser à l’ensemble d’un groupe (national, culturel, ethnique, etc.). Par exemple, peut-on attribuer une agentivité à un groupe? Peut-on lui attribuer des intérêts, une volonté ou une mémoire? Faire cela, n’est-ce pas aussitôt simplifier le contenu du groupe? La question se pose de savoir comment devons-nous définir la notion de groupe si l’on veut éviter la généralisation hâtive, autrement dit si l’on veut bien saisir la diversité au sein du groupe. Des développements récents sur ces questions ont contribué à d’importants changements dans divers champs des sciences sociales, surtout dans l’étude sociologique de l’ethnicité, du nationalisme et du racisme, et dans les domaines de la philosophie politique qui lui sont le plus étroitement liés.
Les questions entourant la définition des concepts de groupes ont aussi fait couler beaucoup d’encre dans le champ de la philosophie politique. Par exemple, les politiques dites de la reconnaissance qui visent ultimement à corriger différents types d’injustices subies par des groupes « identitaires » ont été l’objet de beaucoup d’attention récente dans ce champ. Or, pour certains, les politiques de reconnaissance sont par définition essentialiste, étant donné qu’elles reposent sur une définition fixe de l’identité des groupes. Ce type de définitions, lorsque formulé dans des politiques, nourrirait l’injustice subie par certains membres de ces groupes. Notre colloque sera l’occasion de mettre en commun les travaux récents portant sur les différents problèmes qu’engendre l’étude des groupes et sur les différentes pistes de solution à ces problèmes.
Titre du colloque :