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Fabrice Colomb : Université d'Évry-Val-d'Essonne
Un des traits caractéristiques des imaginaires scientifiques et techniques contemporains est la valorisation économique de la vie en elle-même. Il s’agit en effet de produire de la «biovaleur» (Waldby et Mitchell, 2006) au sein de la «bioéconomie» (Lafontaine, 2014) grâce à l’utilisation massive de biotechnologies. Je propose d’analyser le rôle que joue l’État français dans le «processus de mythogénèse» (Bouchard, 2013) de l’imaginaire technoscientifique dans le domaine du vivant. D’une part, l’État fabrique et légitime cet imaginaire, et, d’autre part, s’assure qu’il produise des effets. Effets qui renforcent en retour la légitimité de cet imaginaire. Tout d’abord, je montre que l’État participe à l’institution de l’imaginaire technoscientifique par la production de normes juridiques, par la promotion de visions du monde et par la mise en place d'infrastructures techniques et scientifiques. Puis, je propose de caractériser les effets que produisent ces dispositifs sur le rapport à la vie et au corps. Je m’intéresse aux biobanques (populationnelles, scientifiques et thérapeutiques) qui engagent une image et un usage du vivant inédit. L’État contribue financièrement, réglementairement, humainement, techniquement aux biobanques. L’enquête que je mène sur ces dispositifs servira à montrer le rôle clé joué par l’État dans la production et la performativité de l’imaginaire technoscientifique.
Ce colloque s’intéresse aux techniques et aux sciences dans la mesure où elles jouent un rôle structurant dans les systèmes symboliques de l’Occident moderne. Sans négliger le fait que les mythes sont d’abord des ensembles de signes (Barthes, 1957) et de paroles (Detienne, 1981), il propose de considérer les mythologies comme des matrices (Bouchard, 2007) ou des systèmes de pensée (Vernant, 2004) profondément enracinés dans l’ensemble des structures sociales et culturelles : institutions, imaginaires, pratiques quotidiennes, formes de corporéité, etc. Or, une grande part des mythologies de la modernité prend appui sur un système technicien et un imaginaire scientifique de plus en plus puissants. Ellul affirmait, en 1973, que ceux-ci avaient pris le relais de la transcendance chrétienne dans la structuration du rapport au monde. D’autres auteurs (Mumford, 2010; Miquel et Ménard, 1988; Musso, 2017) se sont appliqués à montrer que les développements techniques ont systématiquement contribué à la structuration de systèmes symboliques singuliers, y compris au cœur du monde chrétien. La science, son langage et ses découvertes y participent également en offrant aujourd’hui un cadre interprétatif global, que l’on trouve dans les discours de vulgarisation scientifique (Stoczkowski, 1994) comme dans les œuvres de fiction (Chassay, 2013).
Sous les termes mythologies techniques et scientifiques, on cherche à interroger des types de rapport au monde tels qu’ils sont affectés par des objets, des savoirs et des pratiques associés au dispositif technoscientifique. Les communications présentées dans ce colloque s’intéressent aux transformations des conceptions de la vie, de la mort et du temps engendrées par les techniques et les sciences, aux imaginaires du vivant et du corps en relation avec les biotechniques, aux représentations des nouvelles technologies dans les productions culturelles, aux idéologies qui supportent les imaginaires scientifiques et techniques ainsi qu’aux diverses formes de sacralisation de la technique et de la science dans le monde contemporain.
Titre du colloque :