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Ioulia Kounina : Université Laval
Les îles de la nuit, le plus célèbre recueil d’Alain Grandbois (1900-1975), a paru pour la première fois en 1944. Depuis, de nombreuses critiques ont été consacrées à ce recueil et de multiples points de vue ont été exprimés. Pourtant, les analyses se mettent d’accord sur l’idée que l’ensemble des Îles de la nuit est placé sous le signe de son poème initial Ô tourments. Adoptant aussi ce point de vue, nous proposons de voir ces tourments avant tout comme une énorme angoisse face à la précarité du temps et à ses instants fugitifs. L’être angoissé au nom duquel parle le poète est aussi inconsolable devant le passage des « musiques de l’enfance » et la disparition des « beaux Visages » que devant « la blessure d’autrefois » et « sa souffrance », puisque tout cela appartient au passé. En s’arrêtant en détail sur les moments vécus, les étalant dans la rhétorique poétique – bien que le processus même d’une telle remémoration nous paraisse très pénible –, le poète lance un défi, tente de déjouer le temps, d’éviter que « les lourdes portes de l’oubli » ne se referment. Ainsi, pour une courte période au moins, arrive-t-il peut-être à se délivrer de l’angoisse?
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