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John David Howes : Université Concordia
L’anthropologie des sens implique une approche culturelle de l’étude des sens et une approche sensorielle de l’étude de la culture, c’est-à-dire que les sens sont traités à la fois comme objet d’étude et comme moyen d’investigation. Comme le suggère François Laplantine dans La vie des sens, Introduction à une anthropologie modale: "L'expérience du travail sur le terrain est une expérience de partage dans le sensible. Nous observons, nous écoutons, nous parlons aux autres, nous partageons leur cuisine, nous essayons de ressentir avec eux ce qu'ils vivent." D'abord, cette communication présente des études de cas sur l'enculturation des sens et porte sur ce que l'étude : 1) de l’ornementation des organes des sens peut nous dire sur l’ordre sensoriel d’une société. 2) de la manière dont des dispositions sensorielles particulières sont inculquées à l'homme lors de rituels d'initiation. 3) des techniques de perception employées par les guérisseurs traditionnels (prise de pouls, par exemple) peut nous apprendre sur les dimensions performatives des rituels de guérison. Ensuite, elle propose un paradigme pour l’étude des dimensions sensorielles de la culture matérielle (par exemple l’art, les artefacts, les biens de consommation). Enfin, elle se termine en discutant des «environnements sensoriels performatifs» créés par des chercheurs rattachés au Centre d'études sensorielles à Concordia dans le but de communiquer des connaissances sensorielles au-delà des frontières culturelles.
Ce colloque, organisé par l’Association pour la recherche qualitative (ARQ) en collaboration avec le Groupe de recherche sur la pratique de la stratégie (GÉPS-HEC Montréal), vise à réfléchir sur les méthodologies qualitatives déployées pour comprendre les dimensions sensorielles, émotionnelles et esthétiques de la pratique, soit la manière dont les êtres humains utilisent leurs connaissances pour accomplir leurs activités. Une attention particulière sera portée aux diverses méthodes par lesquelles les acteurs, qu’il s’agisse des sujets de recherche, des professionnels ou des activistes qui les entourent, participent à la recherche qualitative portant sur ces dimensions de la pratique. Dans les dernières années, plusieurs champs de recherche ont agrandi leurs territoires en intégrant des dimensions fondamentales de la pratique qui prennent vie à travers le corps et qu’on ne peut pas toujours verbaliser ou identifier clairement (Pink, 2015). C’est le cas de la multisensorialité de l’expérience, des émotions et de l’esthétique. Ces dimensions de la pratique posent des défis majeurs en recherche qualitative, car il s’agit de saisir ce qui est invisible et imprévu; bref, ce dont on ne pense pas utile de tenir compte ou de mentionner et qui est ressenti plutôt que verbalisé. Or, ces dimensions de la pratique ont de plus en plus de résonance dans les connaissances disciplinaires et appliquées. Les recherches impliquant la sensorialité, les émotions et l’esthétique ont connu un intérêt croissant dans les sciences sociales et humaines que sont la sociologie (Goodwin, 2001; Howes et Classen, 2013; Vannini et al., 2013), l’anthropologie (Gélard, 2016; Ingold et Howes, 2011), la géographie (Bender, 2002; Davidson et Milligan, 2004), l’éducation (Filliettaz, 2007), la santé (Le Breton, 2011; Lupton, 2017), la gestion (Strati, 2007; Nicolini, 2007), la communication (Moriceau, 2016; Grosjean, 2016), et le design et les arts (Stigliani et Ravasi, 2018).
Titre du colloque :