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Josée Lortie : HEC Montréal
Quels liens peuvent entretenir la matérialité et l’esthétisme dans la Haute cuisine ? S’appuyant sur les écrits des pragmatistes américains Dewey (1934) et Sennett, (2008), cette communication s’inscrit dans l’approche esthétique des organisations (Warren, 2008, 2012) et soutient que les variations de rythme et les modalités de communication non-verbale vécues corporellement constituent deux points de repère cruciaux pour la collecte et l’analyse des données produisant des connaissances dans ce type d’approche. Cette recherche adopte une posture ontologique processuelle « forte ». Des entrevues semi-structurées ont permis d’identifier au préalable quelles sont les significations que les chefs et cuisiniers donnent à leurs actions. Ensuite, nous avons examiné lors des services (plus précisément lors des moments de grande affluence) comment et surtout quand les acteurs mobilisent la sensorialité et l’esthétique dans la réalisation de leurs activités. Nous avons ainsi pu observer les relations informelles et la communication qui sont dans ce contexte souvent vécues corporellement plutôt que verbalement. Cette approche méthodologique a permis la conceptualisation d’une expérience esthétique idéal-typique que nous avons nommé « la bulle », expérience au cours de laquelle la finalisation de l’ordre coopérative se réalise par des ajustements mutuels et de réciprocité entre les sujets agissants ainsi que par une régulation contextuelle à l’action (Maggi, 2011).[2]
Ce colloque, organisé par l’Association pour la recherche qualitative (ARQ) en collaboration avec le Groupe de recherche sur la pratique de la stratégie (GÉPS-HEC Montréal), vise à réfléchir sur les méthodologies qualitatives déployées pour comprendre les dimensions sensorielles, émotionnelles et esthétiques de la pratique, soit la manière dont les êtres humains utilisent leurs connaissances pour accomplir leurs activités. Une attention particulière sera portée aux diverses méthodes par lesquelles les acteurs, qu’il s’agisse des sujets de recherche, des professionnels ou des activistes qui les entourent, participent à la recherche qualitative portant sur ces dimensions de la pratique. Dans les dernières années, plusieurs champs de recherche ont agrandi leurs territoires en intégrant des dimensions fondamentales de la pratique qui prennent vie à travers le corps et qu’on ne peut pas toujours verbaliser ou identifier clairement (Pink, 2015). C’est le cas de la multisensorialité de l’expérience, des émotions et de l’esthétique. Ces dimensions de la pratique posent des défis majeurs en recherche qualitative, car il s’agit de saisir ce qui est invisible et imprévu; bref, ce dont on ne pense pas utile de tenir compte ou de mentionner et qui est ressenti plutôt que verbalisé. Or, ces dimensions de la pratique ont de plus en plus de résonance dans les connaissances disciplinaires et appliquées. Les recherches impliquant la sensorialité, les émotions et l’esthétique ont connu un intérêt croissant dans les sciences sociales et humaines que sont la sociologie (Goodwin, 2001; Howes et Classen, 2013; Vannini et al., 2013), l’anthropologie (Gélard, 2016; Ingold et Howes, 2011), la géographie (Bender, 2002; Davidson et Milligan, 2004), l’éducation (Filliettaz, 2007), la santé (Le Breton, 2011; Lupton, 2017), la gestion (Strati, 2007; Nicolini, 2007), la communication (Moriceau, 2016; Grosjean, 2016), et le design et les arts (Stigliani et Ravasi, 2018).
Titre du colloque :