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Publier n’a pas d’odeur? La recherche comme capital dominant et ses conséquences sociales

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Raphaël Crevier : UQAM - Université du Québec à Montréal

Résumé de la communication

De nombreux travaux soulignent la manière dont les universités cherchent à mesurer la performance des chercheur.e.s. Cette scientométrie induit des pratiques considérant le monde de la recherche comme un système monétaire. Les publications peuvent être ainsi considérées comme une monnaie dans un système qui en revêt les traits généraux, notamment la hiérarchisation des détenteurs de capitaux. Au Québec, l’université s’est construite autour du groupe favorisé dans la course à l’accumulation de ce capital, les professeur.e.s. Leur travail s’est organisé autour d’un monopole sur des secteurs d’activité : l’enseignement, la recherche, le service aux collectivités et l’administration. Or, la nécessité de se consacrer à la recherche pour maintenir leur statut incite les professeur.e.s à délaisser les autres secteurs d’activité. En résulte pour l’institution la nécessité d’engager des enseignant.e.s contractuel.le.s, considéré.e.s comme temporaires, mais dont la réitération des contrats les rend empiriquement permanent.e.s. Cette présentation vise à explorer les manières dont ces enseignant.e.s contractuel.le.s se négocient une place à l’université, mais aussi à s’interroger sur le caractère aporétique de leur lutte. Plutôt qu’un renversement de structure, les enseignant.e.s contractuel.le.s cherchent un accès au capital dominant subjugué non seulement par sa valeur dans le champ académique, mais aussi par sa légitimité sociale construite autour d’une mystique du savoir.

Résumé du colloque

Avant même l’arrivée de la pandémie, le rapport du scientifique en chef sur l’Université québécoise du futur (automne 2020) faisait un certain nombre de constats sur les enjeux liés à l’importance grandissante du numérique et à l’attraction et la rétention de nouvelles générations d’étudiant.e.s. Les aménagements mis en place pour assurer l’offre des cours pendant la pandémie ont cristallisé ces enjeux et entraîneront des transformations à long terme pour les universités, transformations dont on ne connaît pas encore la teneur, mais qui auront un impact certain sur le travail des enseignant.e.s contractuel.le.s au sein de celles-ci.

Une tendance structurelle majeure demeure toutefois invisible, celle de la recomposition progressive du corps enseignant universitaire, dont une partie importante est constituée d’enseignant.e.s contractuel.le.s. Cette tendance est bien établie dans les universités canadiennes (ACPPU, 2014; Foster et Birdsell Bauer, 2018; Hoeller, 2014) et au-delà, aussi bien sur le continent nord-américain qu’ailleurs dans le monde. Au Québec, selon les données institutionnelles, c’est plus de la moitié des cours du 1er cycle qui sont aujourd’hui donnés par des enseignant.e.s contractuel.le.s.

Mettant à l’avant-plan l’enseignement comme mission fondamentale des universités, les changements engendrés par la pandémie ouvriront-ils la voie à une reconnaissance de la contribution de ces enseignant.e.s, ou, au contraire, consolideront-ils leur précarité structurelle et fragiliseront-ils leur voix et leurs « droits », comme le signalent les débats récents autour des libertés universitaires?

À cet égard, il paraît pertinent d’appliquer les concepts issus des théories subalternes au contexte de l’enseignement universitaire. Mettant en exergue les stratégies d’adaptation et de résistance des groupes subalternes, ces concepts peuvent s’avérer féconds pour appréhender et comprendre les reconfigurations en cours des structures universitaires. S’inspirant des théories subalternes, notre approche mettra l’accent sur la mobilisation des enseignant.e.s contractuel.le.s autour d’une culture infrapolitique afin de se tailler une place dans l’université néolibérale.

Contexte

section icon Thème du congrès 2021 (88e édition) :
Du jamais su
section icon Date : 3 mai 2021

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