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Yaprak Hamarat : Université de Liège
Les mycètes ou les fungi, communément appelés des champignons, sont des êtres intimement liés aux autres êtres qui les font apparaître et qui les entourent. Ce sont des entités dépendantes. Le concept d’agencement polyphonique ou l’interdépendance vertueuse développée par Anna Lowenhaupt Tsing, en s’appuyant sur ces êtres ni végétal ni animal, montre que la force écologique d’un système naît à travers la vulnérabilité des entités qui la composent. Ces concepts, mais aussi l’approche méthodologique et conceptuelle d’Anna Lowenhaupt Tsing résonnent particulièrement avec le design social et permettent de penser la pratique du design avec une perspective originale pour la transition écologique. Le design prend soin quand il crée les conditions et les agencements propices à l’établissement d’échange diversifié et évolutif dans le temps entre les humains et les non-humains. L’innovation écologique qu’habite le projet de design social est dans sa capacité à « créer des ensembles riches d’éléments précaires collaboratifs » à l’inverse de la figure de l’autonomie (e.g. énergie, santé, démocratie) tant mise en valeur au sein de la vie contemporaine.
Apparue aux États-Unis dans les années 1980, l’éthique du care est une manière de penser la morale fondée sur le souci des autres (sollicitude) et l’acte de « prendre soin » (Brugère, 2011). Fondée sur un sentiment de responsabilité à l’égard d’autrui et de ses besoins, elle concerne les tâches de soin impliquées dans les diverses formes de vulnérabilité (soin parental, traitement de la dépendance, travail social). Formulant à l’égard de la relation marchande une critique similaire à celle de la théorie du don, l’éthique du care postule qu’il existe une qualité morale dans l’acte d’aider les autres. Un premier rapprochement entre cette logique du care et la logique du design peut être observé dans le travail de Victor et Sylvia Margolin (2001). Inspiré du travail social, le « design social » selon eux vise la satisfaction des besoins des populations vulnérables ou marginalisées, comme celles à faibles revenus ou ayant des besoins particuliers en raison de leur âge, de leur santé ou de leur handicap. Cette approche pose les premières conditions d’un rapprochement entre l’acte de design et l’acte de soin. Ce colloque souhaite explorer le potentiel de cette idée et faire la lumière sur la pertinence de la théorie du care pour les disciplines du design. Peut-on considérer l’éthique du soin comme un modèle général pour le design? Par exemple, peut-on considérer qu’un petit objet électroménager comme Tero, qui transforme les résidus alimentaires des ménages en un fertilisant prêt à l’emploi, est le résultat d’un acte de design qui prend soin de notre environnement? Qu’est-ce que cela signifie de « prendre soin par le design »? Quelles approches théoriques, conceptuelles, méthodologiques et pratiques les enjeux de soin appellent-ils en design? Le design doit-il se limiter à prendre soin? Peut-il soigner ou sauver le monde? Pour Papanek (1971), on sait que le design est l’un des pires maux de la planète. Comment faire la part du soin et des « effets indésirables »?
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